La pauvreté et la stigmatisation

- Les femmes qui doivent travailler comme domestique en Indonésie manquent d'une véritable protection de leurs droits, ce qui les laissent très vulnérables face à l'exploitation économique, aux bus et aux violences. | © Rumpun Gema Perempuan
L’aisance économique ou l’appartenance à une couche plus élevée de la société ne protègent pas nécessairement les femmes contre la violence. Néanmoins, la pauvreté peut être à la fois facteur principal et conséquence de la violence contre les femmes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a attiré l’attention récemment sur le fait que les femmes vivant dans la pauvreté sont sujettes de façon disproportionnée aux agressions physiques, sexuelles et psychiques. Les femmes indigentes se retrouvent très souvent dans un cercle vicieux de pauvreté, de stigmatisation et de violence, auquel il leur est pratiquement impossible d’échapper.
Discrimination sur le marché du travail
Lorsqu’elles ont accès à un travail rémunéré, les femmes sont discriminées au niveau du salaire. De façon générale, elles gagnent et possèdent moins que les hommes. Etant donné leur difficulté à s’intégrer dans le marché officiel du travail, nombreuses sont les femmes qui tentent leur chance dans le secteur informel.
En République populaire de Chine où la prostitution est illégale, Amnesty International a recueilli des informations sur les exactions très fréquentes commises par des policiers sur des femmes accusées de prostitution. Dans de nombreux cas, la police a placé en détention et torturé les prostituées présumées dans le but de leur faire dévoiler le nom de «clients» pour que les policiers puissent ensuite les faire chanter.(1)
Très souvent, la discrimination liée au genre va de pair avec d’autres formes de discrimination et mène à la marginalisation sociale des femmes. En particulier les femmes appartenant à une minorité ethnique ou religieuse, les femmes indigènes ou sans caste, les immigrées, les femmes homo-, bi- ou transsexuelles ainsi que les handicapées mentales sont menacées de discriminations multiples.
Dépendance économique
En raison de leur position subordonnée et de leur dépendance, il n’est pas rare que les femmes soient considérées comme la propriété de leur père et de leur mari, à la manière d’une marchandise. Le manque d’autonomie économique, la privation du droit à la propriété et la crainte de perdre la garde de leurs enfants sont autant de facteurs qui découragent de nombreuses femmes de tenter d’échapper à une situation de violence.
Les répercussions négatives de la globalisation contraignent aujourd’hui un nombre de plus en plus élevé de femmes à la marginalité. Lors d’abus, les femmes indigentes n’ont que rarement accès à l’assistance juridique et à une indemnisation. Par ailleurs, l’analphabétisme et la pauvreté limitent encore plus les possibilités pour ces femmes de s’organiser.
Exploitation sur le lieu de travail
Nombreuses sont les femmes qui sont en outre soumises à de piètres conditions de travail, au harcèlement sexuel et à la violence au lieu de travail. Dans de nombreuses parties du monde, les employées domestiques sont exploitées et souvent tenues dans des conditions proches de l’esclavage ou de servitude involontaire. Les femmes qui s’organisent pour lutter en commun contre leur rémunération discriminatoire et les grands risques auxquels elles sont exposées sur le lieu de travail sont pour la plupart sujettes à des tracasseries et à des tentatives d’intimidation.
Au Guatemala, des femmes qui avaient tenté de fonder des sections syndicales dans leurs maquilas ont été enlevées, violées ou battues par les propriétaires des usines ou des hommes armés au service de ces derniers. Dans quelques cas, ces infractions ont même eu lieu avec la connivence des forces de l’ordre. Quelques femmes ont rapporté qu’on les a enfermées dans l’usine jusqu’à ce qu’elles aient atteint leur quota journalier de production.(1)
(1) Citations tirées du livre Mettre fin à la violence contre les femmes. Un combat pour au-jourd‘hui, Amnesty International, 2004.

