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Bidonvilles : là aussi, les droits humains existent

Sans avertissement des bulldozers et des policiers sont entrés dans la communauté de Dey Krahorm à Phnom Penh le 24 janvier 2009. © Nicolas Axelrod
Sans avertissement des bulldozers et des policiers sont entrés dans la communauté de Dey Krahorm à Phnom Penh le 24 janvier 2009. | © Nicolas Axelrod

Plus d’un milliard de personnes, sur tous les continents, vivent dans des bidonvilles. Conditions de logement inadaptées, absence de services essentiels, surpopulation, niveau élevé de violence et d’insécurité sont des traits communs à ces quartiers souvent déclarés ‘informels’, où des hommes et des femmes vivent, travaillent et élèvent leurs enfants, sans que les Etats ne se sentent d’obligations envers eux.  

Le nombre de personnes dans le monde qui vivent dans des bidonvilles progresse à un rythme alarmant. Le désinvestissement dans les régions rurales, les conflits, les catastrophes naturelles, le changement climatique, les expulsions forcées et l’accaparement des terres par les entreprises continuent de contraindre des personnes à migrer vers les villes, où les logements à prix abordables sont rares. Les habitant•e•s des bidonvilles voient leurs droits de vivre dans un logement convenable, d’avoir accès à l’eau potable, aux réseaux d’assainissement, à la santé et à l'éducation bafoués au quotidien. Ils/elles vivent sous la menace constante d’une expulsion forcée et de la violence infligée par les forces de police ou les gangs criminels. Souvent dépourvu•e•s de papiers, ils/elles sont donc aussi privé•e•s du droit de vote. Victimes de discriminations multiples et associé•e•s dans l’imaginaire collectif à des drogué•e•s et à des criminel•le•s, ils/elles n’ont pas accès à la justice et n’ont pas leur mot à dire sur l’amélioration de l’habitat et des services dans leur quartier.


Des services inexistants ou chers payés


Comme les dispositions en matière de contrôle des loyers sont rarement appliquées dans ces zones, considérées par les autorités comme non réglementées, les habitant•e•s des bidonvilles paient des loyers proportionnellement plus élevés que s’ils vivaient dans un quartier à part entière de la ville. Même chose pour l’accès à l’eau potable ou à l’électricité, non fourni par la Municipalité et qu’ils/elles paient plus cher à des fournisseurs privés. L’absence de structures de soins et d’écoles restreint sérieusement l'accès à la santé et à l'éducation. Dans les pays en développement, le niveau de malnutrition et le taux de mortalité infantile dans les bidonvilles sont souvent comparables à ceux constatés dans les zones rurales.


Précarité de l’habitat et expulsions forcées


Dans les pays en voie de développement, un grand nombre de personnes vivant en zone urbaine n'ont pas les documents leur garantissant la sécurité d’occupation de leur logement, ce qui les expose à un risque d’expulsion accru, même si les expulsions forcées constituent une grave violation des droits humains. Celles et ceux qui en sont victimes se retrouvent bien souvent dépossédés de leurs biens, coupés de leur réseau social et privés d’accès à l'emploi et aux services. Les gouvernements procèdent de plus en plus fréquemment à des expulsions massives, afin de supprimer les bidonvilles pour laisser la place à des opérations d’urbanisme, des chantiers d’embellissement de la ville ou de grands projets nationaux, tels que les grandes rencontres sportives internationales.


Insécurité et absence de l’Etat


L'insuffisance des infrastructures dans les bidonvilles fait peser sur les femmes le risque d’agression et de harcèlement sexuel : éclairage faible ou inexistant des ruelles, longs déplacements pour aller chercher de l’eau ou des denrées alimentaires, absence de la police. Bien souvent, en outre, la police ne traite pas avec le sérieux nécessaire les plaintes pour violence domestique. Dans de nombreux pays, par ailleurs, la législation en matière de propriété est discriminatoire à l’égard des femmes. Les préjugés concernant les habitant•e•s des bidonvilles ont directement contribué à une sérieuse dégradation de la sécurité publique dans ces lieux de vie. Au Brésil et à la Jamaïque, les manquements de l’État en matière de sécurité dans les bidonvilles ont laissé les gangs criminels et les mafias de la drogue prendre le contrôle de presque tous les secteurs de la vie dans ces quartiers.


Les exigences d’Amnesty International


Les États ne se sont pas penchés suffisamment sérieusement sur ces questions, pas plus au niveau international que national. Amnesty International demande aux gouvernements :

  • de mettre un terme aux expulsions forcées;
  • de garantir aux habitant•e•s des bidonvilles un accès aux services publics identique à celui dont bénéficie le reste de la population;
  • de permettre une participation active de ces personnes à tous les projets visant à améliorer les conditions de vie dans leurs quartiers.
Expulsions forcées

Chaque année, la menace d’une expulsion forcée pèse sur des milliers de personnes. Elles appartiennent généralement aux couches les plus pauvres de la population. Accédant difficilement à la justice, elles sont donc rarement indemnisées et s’enfoncent toujours plus dans la misère.

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