Discrimination Les Roms, mal-aimés dans toute l’Europe

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 13 novembre 2012 dans le quotidien 24 Heures.
Fin octobre, la chancelière Angela Merkel inaugurait un mémorial en plein centre de Berlin pour commémorer les centaines de milliers de Roms exécutés de façon systématique par les nazis durant la Seconde guerre mondiale. Elle a souligné que ce mémorial ne devait pas être seulement tourné vers le passé, mais rappeler la nécessité de lutter contre les discriminations dont les Roms souffrent toujours en Europe.

196_manon.jpg Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, dénonce une mise au placard des droits humains par M. Burkhalter. © AI

Un rappel qui devrait donner matière à réflexion aux dirigeants européens. Aujourd’hui encore, les Roms, la plus grande minorité d’Europe avec 12 millions de personnes, mais aussi l’une des plus défavorisées, subissent de graves persécutions sur notre continent. Et on ne parle pas là uniquement d’attaques verbales. Le sentiment anti-Roms est souvent traduit dans des politiques qui excluent les Roms du reste de la société et alimentent le cercle vicieux de leur pauvreté et de leur marginalisation.

Beaucoup font l’expérience de la discrimination dès le plus jeune âge. En Slovaquie et en République tchèque, par exemple, des milliers de Romanis sont scolarisés dans des classes spéciales pour enfants qui souffrent d’un retard mental. Il arrive même que les enfants roms soient enfermés dans des classes séparées ou n’aient pas la même cour de récréation, pour éviter qu’ils se mélangent aux autres élèves.

La stigmatisation des Roms atteint des proportions effrayantes, allant parfois jusqu’au meurtre. En Hongrie, les appels à la haine du parti d’extrême-droite Jobbik ont entraîné à plusieurs reprises des actes de violence contre les communautés roms. En août dernier, un millier de manifestants attaquaient les maisons de familles roms à Devecser. La police n’est pas intervenue et on ignore si elle a procédé à des arrestations.

En Roumanie, des familles roms ont été transférées dans des containers métalliques sur une ancienne base militaire, ou à côté d’une station d’épuration. A travers l’Europe, des millions de Roms vivent dans des quartiers informels, sans logement adéquat et souvent sans électricité ni eau courante.

L’Europe de l’Ouest n’est pas en reste. En Italie, il y a près d’un an que les lois d'urgence visant les Roms, dites «Urgence Nomades», ont été déclarées illégales par le plus haut tribunal administratif du pays. Pourtant, des centaines de Roms ont été évacués de force de leur logement, à Rome, à Milan, et se sont retrouvés sans abri. En France, nombreux sont ceux qui se sont également retrouvés sans abri suite à des expulsions forcées.

Sans une pression de l’UE et de la Suisse pour que les gouvernements respectent les droits fondamentaux des Roms, une partie d’entre eux continuera à fuir les discriminations et à chercher une vie meilleure chez nous. Nous ne devons pas accepter que des millions de personnes, en raison de leur origine ethnique, soient traitées comme des citoyens de deuxième classe sur notre continent.

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