Droit des femmes Violence contre les femmes, ici et ailleurs

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 28 août 2012 dans le quotidien 24 Heures.
Durant l'été, un lecteur de 24 Heures m’a interpelée dans une lettre au sujet d'une femme accusée d’adultère et exécutée par des talibans en Afghanistan. Il s'étonnait de mon silence sur ce crime et ...

manon_opinion.jpg Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse. © AI

Durant l'été, un lecteur de 24 Heures m’a interpelée dans une lettre au sujet d'une femme accusée d’adultère et exécutée par des talibans en Afghanistan. Il s'étonnait de mon silence sur ce crime et du fait que les féministes suisses ne soient pas descendues dans la rue pour défendre leurs consœurs musulmanes victimes de la violence des hommes.

Ce lecteur a raison, la violence contre les femmes est inacceptable. Amnesty International a d’ailleurs condamné ce crime, de même que l’assassinat survenu début juillet de la directrice du ministère de la Condition féminine pour une province de l’est de l’Afghanistan.

La violence contre les femmes est l’une des violences les plus répandues au monde, et pas seulement dans les pays musulmans. En Suisse aussi, la violence conjugale tue hélas régulièrement : deux femmes meurent chaque mois dans notre pays sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint.

Mutilations génitales, mariages forcés, lapidation : autant de violations qui touchent prioritairement les femmes, et qui sont légitimées au nom de la religion ou de la tradition. Mais elles se produisent partout dans le monde et bien souvent on n’en trouve aucune mention dans les textes sacrés.

Les persécutions à l’égard des femmes ne sont donc pas une affaire de religion. Bien sûr, dans certains pays qui appliquent la charia, des lois discriminatoires sont en vigueur. Mais les crimes d’honneur, par exemple, s’ils sont majoritairement pratiqués au sein des communautés musulmanes, le sont aussi parfois par les communautés sikhes, hindoues et chrétiennes. C’est ce que relève la fondation lausannoise Surgir, qui lutte contre ces crimes commis dans la sphère privée par un mari, un père ou d’autres membres de la famille qui appliquent eux-mêmes la peine qu'ils croient juste et tuent la femme qu'ils soupçonnent d'adultère.

Plus les femmes sont victimes de discrimination, plus grand est le risque de violence à leur égard et plus il est difficile pour elles de porter plainte. Il est donc indispensable que les Etats luttent contre toute discrimination et qu’ils mettent en œuvre des plans pour l’égalité entre hommes et femmes. Un programme d’action avait d’ailleurs été élaboré lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Pékin, il y a bientôt vingt ans, mais les persécutions contre les femmes n’ont pas cessé.

Au contraire, les dérives fondamentalistes de bon nombre de religions et leurs tentatives de contrôle de la sexualité et du corps des femmes représentent un risque réel de retour en arrière. Raison de plus pour rester vigilant, ici et ailleurs. Je me réjouis que les hommes qui lisent 24 Heures descendent eux aussi dans la rue ou s’engagent pour rappeler que les questions d’égalité et de discrimination ne concernent pas que les femmes.

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