Suisse Des multinationales bien peu regardantes

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 15 mai 2012 dans le quotidien 24 Heures.
Avoir de nombreuses entreprises sur sol vaudois, c’est un gage de bonne santé pour l’emploi et la fiscalité dans le canton. Voilà en tout cas ce qu’on pouvait croire ces dernières décennies.

opinion.jpg Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse, s'indigne contre les violations des droits humains dont se rendent responsables certaines entreprises suisses. © AI

Mais, depuis dix ans, la Suisse est devenue une plaque tournante du commerce des matières premières et de nombreuses multinationales se sont installées sur les rives du Léman ou dans des cantons à basse fiscalité. Or, ces firmes n’ont guère créé d’emplois et elles bénéficient d’exonérations fiscales ou de forfaits avantageux.

L’intérêt pour les cantons est donc limité. Mais l’accueil de ces multinationales pourrait même se retourner contre nous. Car leurs pratiques dans les autres pays ne respectent pas nos standards en matière de respect de l’environnement et des droits humains.

Les exemples sont légion: l’extraction du cuivre en République démocratique du Congo par l’entreprise Glencore, basée à Zoug, a entraîné la pollution des eaux aux alentours des mines. Le licenciement par Triumph International, basée en Argovie, de 3600 travailleurs et travailleuses aux Philippines et en Thaïlande, sans consultation préalable des syndicats, contrevient aux principes directeurs de l’OCDE pour les multinationales. Syngenta, basée à Bâle, pousse la vente dans les pays en développement d’un pesticide mortel, interdit en Suisse depuis 1989 à cause de sa toxicité élevée.

La Suisse doit prendre ses responsabilités

Les mêmes règles devraient s’appliquer tant aux maisons-mères en Suisse qu’à leurs filiales à l’étranger. Il est inacceptable que des multinationales puissent se cacher derrière des législations nationales lacunaires dans les pays de production, pour se comporter comme bon leur semble. L’économie s’est globalisée, mais les mesures de contrôle des multinationales par la politique et la justice restent confinées aux frontières nationales. De nombreux abus demeurent ainsi impunis.

Les règles volontaires adoptées par certaines multinationales sont insuffisantes. Le respect des droits humains par le secteur privé ne peut être laissé au bon vouloir des entreprises. Il faut une régulation contraignante qui les oblige à respecter les droits humains et les standards environnementaux partout dans le monde, et prévoie des sanctions en cas de non-respect. C’est la demande adressée par une coalition de plus de cinquante ONG suisses au Parlement et au Conseil fédéral, dans le cadre de la campagne «Droit sans frontières».

Il en va de la réputation de notre pays. Fermer les yeux sur les activités illicites des filiales des entreprises suisses à l’étranger, c’est comme attendre l’explosion de la bombe à retardement sans tenter de la désamorcer. La Suisse abrite le plus grand nombre de multinationales par habitant au monde, elle doit prendre des mesures pour les contraindre à respecter les droits humains et l’environnement.

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