Enfin un traité pour règler le commerce des armes

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 16 avril 2013 dans le quotidien 24 Heures.
Ce n’est pas tous les jours qu’il y a matière à se réjouir quand on travaille dans la défense des droits humains. Les bonnes nouvelles sont rares, alors on les savoure d’autant plus. Début avril, l’Assemblée générale de l’ONU a enfin adopté un traité international qui réglemente le commerce des armes. Dès que 50 Etats l’auront ratifié, le traité entrera en vigueur et interdira la vente à des pays où ces armes pourraient faciliter des génocides, des crimes de guerre ou contre l’humanité.

196_manon.jpg Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International © AI

Un accord historique, mais qui a pourtant bien failli capoter à de nombreuses reprises. L’an dernier, un premier long mois de négociations n’avait abouti à aucune entente. La reprise des discussions en mars s’est soldée par un nouvel échec, en raison du cynisme d’Etats comme la Corée du Nord, la Syrie et l’Iran, qui ont bloqué l’adoption du traité par consensus. C’est donc par vote que l’Assemblée générale a accepté ce traité, à une immense majorité (154 voix contre 3, et une vingtaine d’abstentions).

Quand on connaît les montants indécents que génère le commerce mondial des armes, qui va bientôt dépasser plus de 100 milliards de dollars par an, on ne peut que se réjouir que les Etats aient donné la priorité à la protection de la vie humaine plutôt qu’à leurs intérêts commerciaux.

Aujourd’hui, le commerce du bois exotique, des bananes ou des antiquités est scrupuleusement réglementé par des accords internationaux. Mais l’absence de tout règlement au niveau mondial pour contrôler le commerce des armes autorise les entreprises qui les fabriquent à les exporter vers des pays qui violent massivement les droits de leur population.

Ce traité fort est une victoire de la société civile et des organisations non-gouvernementales qui se sont battues depuis le début des années 1990 pour son adoption. Mon collègue anglais Brian Wood, expert d’Amnesty International sur les questions d’armements, se faisait traiter de doux utopiste, lorsqu’il évoquait son idée de réglementation du commerce des armes pour la première fois il y a plus de vingt ans. Que de chemin parcouru depuis ! Et que de travail réalisé : des millions de signatures, des milliers d’heures de lobbying auprès des autorités de chaque pays, pour aboutir enfin à ce traité.

Comme dans chaque négociation, les ONG n’ont pas obtenu tout ce qu’elles espéraient. Les Etats-Unis, premier exportateur mondial d’armes, ont réussi à exclure les munitions de certaines dispositions du traité. D’autres Etats comme la Russie ont d’ores-et-déjà menacé de ne pas le ratifier. Enfin, même avec un traité international, le commerce clandestin restera incroyablement difficile à contrôler.

Mais ces points négatifs n’entachent pas la joie de celles et ceux qui se sont mobilisés pour que le commerce des armes soit enfin réglémenté et qui continueront à se battre pour que ce traité soit appliqué.

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