Il faut d’urgence un registre central des armes

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 8 janvier 2013 dans le quotidien 24 Heures.
Depuis le drame de Daillon, les médias s’interrogent sur la cause de cette folie meurtrière. Vivons-nous dans une société de plus en plus individualiste où les personnes fragiles psychiquement sont ...

196_manon.jpg Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International © AI

Depuis le drame de Daillon, les médias s’interrogent sur la cause de cette folie meurtrière. Vivons-nous dans une société de plus en plus individualiste où les personnes fragiles psychiquement sont insuffisamment prises en charge? Un seul tuteur peut-il suivre efficacement près d’une centaine de personnes en même temps?

Il y toujours eu et il y aura toujours des personnes qui perdent subitement le contrôle d’elles-mêmes dans un accès de folie. Vouloir éviter cela reviendrait à instaurer une tolérance zéro et à enfermer de façon préventive tout individu qui connaît à un moment ou à un autre dans sa vie des problèmes psychiques. Ce serait absurde et contraire au droit.

Par contre, il existe un moyen simple de limiter les dommages liés à ces coups de folie: il faut rendre les armes moins facilement accessibles. Sans arme à portée de main, les passages à l’acte deviennent plus compliqués: on réussit rarement à assassiner trois personnes et à en blesser deux autres avec un couteau de cuisine.

Plus de deux millions d’armes appartiendraient à des particuliers dans notre pays. Certaines sources articulent même le chiffre de trois millions. Comment accepter que la Confédération recense très précisément le nombre de morsures de chiens mais qu’on ne dispose que de données aussi approximatives sur le nombre d’armes en circulation? Il faut créer d’urgence un registre central des armes. Même la possession ou la revente d’un vieux mousqueton devrait être déclarée, pour éviter que celui-ci n’atterrisse entre les mains d’un individu auquel des autorités cantonales ont interdit de détenir des armes.

Toutes les ventes d’armes entre particuliers sont déjà soumises à l’obligation d’informer les autorités, mais la législation actuelle reste insuffisante, puisque les transactions ne sont signalées qu’après la vente et ne sont par conséquent pas soumises à autorisation.

Les opposants à un registre national prétendent qu’un tel recensement serait compliqué et coûteux à mettre sur pied. Un argument étonnant dans un pays où il est tout à fait possible de recenser chaque voiture, chaque vache ou chaque chien sans que quiconque ne trouve le système compliqué et trop cher. Un registre central faciliterait le travail de la police qui pourrait mesurer les risques liés à une intervention, par exemple en cas de violence domestique.

Une arme à feu n’est pas un jouet. Elle est d’abord destinée à tuer, même si certains aiment collectionner les armes anciennes ou en possèdent pour faire du tir sportif. Détenir une arme implique une responsabilité, celle de s’assurer que nul ne va l’utiliser contre autrui. Seules les personnes qui ont besoin d’une arme dans le cadre de leur activité professionnelle ou qui remplissent des conditions strictes pour en avoir une devraient être autorisées à en détenir. Trop d’armes tombent entre de mauvaises mains: il est temps d’agir.

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