Le viol, une affaire d’Etat

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 22 janvier 2013 dans le quotidien 24 Heures.
Depuis un mois, l’Inde est secouée par d’horribles viols collectifs. Plusieurs cas tragiques ont mis en évidence la réalité intolérable que vivent des millions d’Indiennes: les viols sont très ...

196_manon.jpg Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International © AI

Depuis un mois, l’Inde est secouée par d’horribles viols collectifs. Plusieurs cas tragiques ont mis en évidence la réalité intolérable que vivent des millions d’Indiennes: les viols sont très largement répandus et l’impunité prime le plus souvent.

La culture de discrimination à l’égard des femmes, profondément ancrée dans le pays, est l’un des facteurs qui permettent de tels crimes. S’y ajoutent des lois sur les agressions sexuelles complètement dépassées, et des mécanismes bien trop faibles pour poursuivre les agresseurs. Autant de problèmes mis en évidence par Amnesty International qui a exigé d’un comité récemment constitué par le gouvernement indien des réformes légales pour mieux protéger les femmes.

Car c’est le rôle de l’Etat de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les droits des femmes soient respectés. Or, depuis des années, le gouvernement indien a été sourd à tous les appels pour modifier les lois. Pire: la loi qui attribue des pouvoirs spéciaux à la police a renforcé un sentiment d’impunité au sein des forces de sécurité, y compris lors de viols commis par des policiers. Les juges ne sont pas suffisamment formés, trop peu de femmes sont juges, et les victimes renoncent la plupart du temps à porter plainte, puisque les procédures n’aboutissent que très rarement.

La violence contre les femmes n’est pas une affaire privée, c’est une affaire d’Etat. La Convention des Nations unies relative à l’élimination de toute discrimination à l’égard des femmes, que l’Inde a ratifiée il y a vingt ans, exige des Etats qu’ils combattent la discrimination à l’égard des femmes, notamment en  enquêtant sur les cas de violence et en soutenant les organisations qui viennent en aide aux victimes. Mais il ne suffit pas d’agir après coup: la prévention est aussi une obligation et les Etats doivent mettre sur pied des mesures pour faire évoluer les stéréotypes et les comportements à l’origine de la discrimination.

La réponse de certains politiciens indiens face aux viols de ces derniers mois ne va pourtant pas du tout dans le bon sens. Plusieurs n’ont en effet pas hésité à montrer les femmes du doigt: elles devraient porter davantage de vêtements, ne pas sortir après 20 heures, les étudiantes ne devraient pas avoir de téléphone portable et entretenir des conversations futiles avec des inconnus. Une fois de plus, les femmes sont les coupables, en lieu et place des violeurs!

Sous la pression populaire, bon nombre de politiciens ont également voulu prouver leur fermeté en réclamant la peine de mort pour les violeurs. Mais condamner à la peine capitale ne ferait qu’alimenter le cycle de la violence. Il n’a jamais été prouvé que la menace de l’exécution ait un effet plus dissuasif que les autres peines. La vengeance n’est pas une solution. L’Inde a plutôt besoin de se pencher de toute urgence sur les nombreux problèmes sous-jacents qui perpétuent la violence endémique contre les femmes.

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