L’État islamique masque l’impunité de toute une région

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 25 novembre 2014 dans le quotidien 24 Heures.
Rarement un groupe armé sera parvenu à occuper le devant de la scène médiatique pendant des mois. L’auto-proclamé État islamique l’a fait. Depuis la proclamation le 29 juin dernier du califat sur les territoires d’Irak et de Syrie dont il a pris le contrôle, il n’a plus quitté la une des médias.

Manon Schick, directrice d'Amnesty International Suisse Par Manon Schick, directrice d'Amnesty International Suisse. © Amnesty International

Normal, vu les méthodes ultra-violentes de ce mouvement islamiste ultra-radical sunnite. L’État islamique s’est avant tout fait connaître par les décapitations d’otages américains et britanniques, diffusées dans des vidéos qui ont fait le tour de la planète. Mais ce qu’on oublie parfois, c’est que ce groupe tue avant tout des civils irakiens, syriens et kurdes.

Amnesty International a notamment documenté le nettoyage ethnique qui a eu lieu cet été dans le nord de l'Irak, avec son lot d’enlèvements et d’exécutions sommaires de masse. En première ligne : les minorités ethniques et religieuses non arabes et non sunnites. Les survivants décrivent la manière dont des dizaines d'hommes et de garçons de la région de Sinjar, dans le nord de l'Irak, ont été rassemblés par des combattants de l'État islamique, entassés dans des pick-up et conduits à l'extérieur de leur village pour être massacrés en groupe ou abattus individuellement.

L’État islamique a aussi massacré des centaines de prisonniers chiites ou de l’armée syrienne lorsqu’il s’est emparé de Mossoul, Tikrit ou Tabqa.

Les méthodes abjectes utilisées par ce groupe criminel doivent nous interpeller. Pourtant, elles ne sont pas nouvelles au Moyen-Orient. Loin de là. Depuis bientôt quatre ans, Bachar el-Assad ordonne les pires atrocités contre sa population qui, avant que la guerre civile ne débute, ne faisait que demander pacifiquement des réformes. En comparaison avec les crimes commis par l’État islamique, le président syrien a presque réussi le tour de force de se présenter comme un président honorable mis sous pression par des groupes terroristes.

Dans d’autres pays de la région, le Printemps arabe a brutalement été réprimé par la force ou dans le sang, par l’armée et les forces de sécurité. Que dire de l’Iran, qui depuis des décennies réprime brutalement toute forme d’opposition. Que dire du Hamas qui tire des roquettes sur des villes israéliennes et commet des attentats contre les civils. Et que dire des crimes de guerre commis par l’armée israélienne contre des zones d’habitation de Gaza.

L’incroyable impunité dans laquelle les États de la région commettent leurs crimes est un terreau à de nouvelles atrocités. Tant que ces gouvernements ne mettront pas fin au cercle vicieux des violations des droits humains, ils courront le risque d’en alimenter de nouvelles. On peut aussi s’interroger sur les doubles standards dans l’approche de la communauté internationale dans la région. Malgré les horreurs commises en Syrie et dans la bande de Gaza, ni ce pays, ni Israël n’ont eu à répondre de leurs actes devant une instance internationale.

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