Pas de podium pour les droits humains à Sotchi

4 février 2014
Je ne m'attendais pas à un accueil aussi glacial à Moscou la semaine passée. Glacial tout d’abord parce qu'il faisait un froid polaire dans la capitale russe. Ensuite parce que la délégation de sept directeurs de sections européennes d'Amnesty dont je faisais partie, auxquels s'ajoutait le directeur de notre bureau à Moscou, a été froidement accueillie par les autorités russes.

Manon Schick Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse. © AI

Nous sommes allés à Moscou pour leur remettre plus de 330'000 signatures en faveur de la liberté d'expression et de rassemblement en Russie. Visiblement, les personnes critiques ne sont pas les bienvenues: mis à part l'ambassadeur des droits de l'homme du ministère des Affaires étrangères et le conseiller en droits de l'homme de l'administration présidentielle, nos demandes répétées de rendez-vous auprès du ministère de la Justice et du bureau du procureur général – pourtant en charge des ONG – sont restées vaines.

C'est regrettable et même inquiétant de voir que les autorités russes sont si peu soucieuses des revendications de la société civile. Nous avons dû réaliser notre action publique sur une place à l'écart de tout regard, seul endroit pour lequel nous avons reçu l'autorisation de manifester.

Un agent de sécurité de la place Rouge a menacé de confisquer l'appareil de notre photographe qui nous avait pris en photo devant le Kremlin, sous le prétexte qu'il est interdit de prendre des photos avec le siège du gouvernement en arrière-fond. Quand nous lui avons demandé quelle loi l'interdisait, il nous a dit de passer notre chemin.

Heureusement, notre présence à Moscou n'est pas passée inaperçue, puisque plus d’une vingtaine de médias internationaux et russes ont couvert l'action organisée à l'occasion de la remise de notre pétition. Une danseuse étoile menottée a dansé par moins 20 degrés sur une musique de Tchaïkovski pour symboliser les restrictions à la liberté d'expression en Russie.

Nous avons reçu par contre un accueil bien plus chaleureux de la part des militants russes en faveur des droits humains. Des avocats, des militants pour la cause homosexuelle ou pour l'environnement, des proches de personnes détenues, tous ont souligné l'importance de la solidarité internationale et leurs craintes que le public ne les oublie après la fin des Jeux olympiques.

Je ne peux que m'incliner devant le courage de ces militants russes. Jour après jour, malgré les tracasseries et les menaces, ils dénoncent les violations des droits humains dans leur pays, et réclament un État de droit, dans lequel la justice ne soit pas un vain mot.

Des procès auront lieu cette semaine encore, notamment contre les manifestants qui avaient protesté contre la réélection de Poutine en 2012. Preuve s’il en est que l’amnistie de décembre n’était destinée qu’à faire bonne figure avant les Jeux. Il y a fort à parier que les droits humains ne sortiront pas gagnants des JO de Sotchi.