Syrie Pour un accueil facilité des réfugiés syriens

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 10 juin 2014 dans le quotidien 24 Heures.
Imaginez : une guerre atroce fait rage en Autriche ou en France voisine, et voici que des millions de personnes cherchent refuge en Suisse. Ce scénario n’est pas près de se produire chez nous. Mais c’est la réalité au Liban : d’ici fin 2014, le nombre de réfugiés syriens au pays du Cèdre devrait atteindre 1,5 million, ce qui représente une augmentation d’un tiers de la population libanaise depuis le début de la guerre en Syrie, en 2011.

Manon Schick Par Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse

On peut bien se représenter qu’un tel afflux pour un si petit pays pose d’innombrables problèmes. Les blessés et les malades n’ont pratiquement pas accès à des soins. La communauté internationale ne se presse pas pour financer le programme d’aide des Nations unies et le Haut-commissariat pour les réfugiés (UNHCR) a dû mettre sur pied des critères restrictifs d’hospitalisation.

Arif, un petit garçon de 12 ans gravement brûlé aux jambes, est au nombre des personnes qui se sont vu refuser l’hospitalisation. Son état s’est aggravé : ses brûlures ont provoqué une septicémie, ses jambes ont gonflé et se sont infectées. Arif ne remplit pas les conditions requises pour bénéficier de soins subventionnés, l’organisme des Nations unies n’a donc pu prendre en charge le coût de son traitement que pendant cinq jours. Si la communauté internationale consacrait plus d’argent au Liban et aux autres pays voisins de la Syrie, le UNHCR pourrait prendre en charge davantage de blessés.

La communauté internationale est également bloquée quand il s’agit de poursuivre les responsables de cette guerre. Le 22 mai dernier, la Russie et la Chine ont à nouveau mis leur veto à une résolution du Conseil de sécurité qui proposait de saisir le procureur de la Cour pénale internationale de la situation en Syrie. Ceci malgré le fort engagement de la Suisse auprès de l’ONU en faveur de cette résolution.

Les gouvernements chinois et russes manifestent ainsi leur effroyable indifférence à l’égard des plus de 150'000 victimes du conflit. Une occasion décisive de mettre la justice en marche a une nouvelle fois été sabotée par ces deux pays. Le président Bachar al Assad peut s’en frotter les mains, lui qui vient d’être réélu malgré sa responsabilité écrasante dans le bain de sang en Syrie.

Le week-end prochain est organisée la journée nationale des réfugiés en Suisse. L’occasion d’attirer l’attention sur la situation catastrophique que connaissent les millions de réfugiés syriens et de revendiquer que les pays européens s’engagent davantage. Jusqu’à présent, l’Europe n’a accueilli que 3% des 3 millions de réfugiés syriens ! La Suisse ne fait guère mieux, même si elle a accepté 127 personnes venant de Syrie, et quelques milliers dans le cadre du regroupement familial où les Syriens sont accueillis par leur famille en Suisse.

Puisqu’il est impossible de mettre un terme à la guerre, alors sauvons au moins la vie de personnes blessées ou particulièrement vulnérables en provenance de cette région. Un petit geste pour montrer notre humanité et notre solidarité.