Opinion Lueurs d’espoir pour la journée des droits humains

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 8 décembre 2015 dans le journal 24 Heures.
Jeudi prochain, 10 décembre, nous célébrerons la Journée internationale des droits humains. Cette date marque l’anniversaire de l’adoption, le 10 décembre 1948, de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mais cette année encore plus que par le passé, cet anniversaire a lieu dans un contexte peu propice à l’avancement de ces droits.

A l’heure où des millions de réfugiés et de déplacés internes fuient les conflits, au moment où des États se barricadent et sacrifient des libertés sur l’autel de la sécurité, à l’heure où des groupes armés font régner la terreur jusque dans nos capitales, on pourrait être tenté de baisser les bras.

Et pourtant… Il existe souvent des petites lueurs d’espoir qui nous rappellent que l’engagement en faveur des droits fondamentaux n’est pas vain. Des victoires qui paraissent microscopiques à l’échelle de la planète, mais qui changent la vie de celles et ceux qui en bénéficient.

En juillet dernier, les communautés de San Pedro Ayampuc et San José del Golfo au Guatemala ont gagné leur recours devant la cour d’appel : l’exploitation de la mine d’El Tambor est suspendue jusqu’à ce que la population locale ait été consultée sur ce projet. Les habitants de la région ont manifesté inlassablement durant deux ans pour empêcher l’accès des machines à leur territoire, car la mine menace leur source d’eau et leur subsistance.

La bloggeuse et prisonnière d’opinion vietnamienne Ta Phong Tan avait été condamné à dix ans de prison pour avoir critiqué les autorités et s’être engagée en faveur de la liberté d’expression. Elle a enfin été libérée, en septembre, après quatre ans de détention. Sa libération a toutefois un prix : elle s’est vu signifier une interdiction de rester dans son pays et a été envoyée en exil aux États-Unis.

En mai dernier, le jeune Nigérian Moses Akatugba a été gracié. Le garçon avait été arrêté alors qu’il n’avait que 16 ans et accusé d’avoir volé des téléphones portables. Après des aveux obtenus sous la torture, il avait été condamné à mort. Le gouverneur de l’Etat du Delta avait reçu 800'000 lettres de membres d’Amnesty International du monde entier contre sa condamnation. Cette immense mobilisation a permis que la sanction soit commuée, puis que Moses soit libéré.

Chaque année à l’occasion du 10 décembre, Amnesty International appelle à s’engager en faveur d’individus dont les droits sont bafoués, dans un grand « marathon de lettres ». Des lettres qui sont autant de lueurs d’espoir pour des personnes injustement détenues, torturées ou condamnées. Des lettres qui peuvent changer des vies. Des lettres qui nous rappellent que la solidarité est plus que jamais nécessaire.