Les multinationales suisses sont-elles exemplaires ?

A les croire, les multinationales suisses se comportent de manière exemplaire. Et c’est pour cette raison qu’il n’y a pas besoin d’inscrire dans la loi une obligation pour les entreprises de respecter les droits humains et l’environnement, y compris par leurs filiales à l’étranger.

Manon Schick Par Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse. © Amnesty International

Lors de l’assemblée générale d’Amnesty International le week-end dernier à Lucerne, nous avons invité les deux entreprises Syngenta et Glencore, pour leur donner l’occasion de faire part de leur point de vue sur l’initiative populaire que viennent de lancer soixante-six organisations en faveur de multinationales responsables.

Les représentants des deux entreprises sont du même avis: une base légale au niveau suisse est superflue. «Nous acceptons et mettons en œuvre les Principes directeurs des Nations unies sur les entreprises et droits humains et effectuons déjà des enquêtes si quelque chose ne fonctionne pas bien. Une initiative sur les entreprises n’est pas nécessaire, la responsabilité doit venir des entreprises», a déclaré Regina Ammann, Directrice Public Policy chez Syngenta. 

Mais alors, que penser des exemples de mauvaises pratiques qui arrivent jusqu’à nos oreilles? Conditions de travail inhumaines dans les usines textiles asiatiques, exploitation des enfants dans les plantations de cacao en Afrique de l’Ouest, tests de médicaments sur des êtres humains par des entreprises pharmaceutiques dans des pays en développement où les réglementations sont moins strictes, pollutions causées par l’exploitation minière en Zambie...

Ce sont autant d’exemples de violations des droits humains et d’atteintes à l’environnement commises par des multinationales suisses ou leurs filiales à l’étranger. Selon une étude récente de l’Université de Maastricht, qui repose sur une analyse de plus de 1800 cas, notre pays figure à la neuvième place des pays les plus fréquemment concernés par des dénonciations de violations des droits humains commises par les entreprises.

Il est temps de mettre un terme à ces pratiques inacceptables. Le texte de notre initiative prévoit l’introduction d’un devoir de diligence des entreprises, ce qui les obligerait à vérifier que leurs activités à l’étranger n’entraînent pas des violations des droits humains ou des atteintes à l’environnement. Si les sociétés enfreignent leur devoir de diligence, elles pourront être amenées à répondre de leurs manquements devant les tribunaux suisses.

Les entreprises suisses qui se comportent de manière exemplaire n’ont donc rien à craindre de cette obligation légale. Pour les autres, notre initiative aura un effet préventif : elles seront obligées de prendre des mesures pour garantir que leurs activités ne violent pas les droits humains et respectent l’environnement. Est-ce vraiment trop demander?

Plus d'informations sur l'initiative


Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 28 avril 2015 dans le quotidien 24 Heures.