Manifestation "Welcome Refugees" à Berne, septembre 2015. © Amnesty International
Manifestation "Welcome Refugees" à Berne, septembre 2015. © Amnesty International

Réfugiés Une vague… de solidarité

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 15 septembre 2015 dans le journal 24 Heures.
Faut-il parler de réfugiés ou de migrants? Peut-on utiliser les termes de vague ou d’afflux? Parler de «crise migratoire», n’est-ce pas renforcer la perception qu’il existe d’abord un problème lié aux migrants eux-mêmes plutôt qu’un problème résultant du manque de volonté politique de les accueillir?

Par Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse. © Amnesty International

Ces questions, tant les organisations internationales comme le Haut-commissariat aux réfugiés que les organisations non gouvernementales comme Amnesty International se les posent depuis plusieurs mois. Il n’y a qu’une seule réponse possible: derrière les chiffres, derrière les mots, il faut rappeler qu’il y a d’abord des êtres humains.

Dina, 46 ans, est arrivée en Hongrie à la mi-août avec son fils et sa belle-fille, enceinte de sept mois. La police des frontières les a mis en détention durant 16 heures sans leur donner ni eau ni nourriture. Lorsque ma collègue les a rencontrés à la gare de Keleti, à Budapest, pour documenter les violations des droits humains subies par les réfugiés, Dina venait d’acheter des billets de train pour essayer de se rendre en Allemagne. «J’aimerais commencer une nouvelle vie, dans un pays en paix… Ici ils nous traitent comme des animaux; voire même pire que des animaux.»

Des témoignages comme celui de Dina, il y en a malheureusement des milliers, des dizaines de milliers. Je suis souvent émue aux larmes de lire ou de voir les images de cette détresse. Mais ces dernières semaines, d’autres témoignages, qui se comptent aussi par dizaines de milliers, sont venus contrebalancer le désespoir des réfugiés. Celui des personnes qui s’engagent pour leur venir en aide. Et la notion de vague est devenue positive: une vague de solidarité.

Ces images-là sont elles aussi émouvantes: ces Allemands et ces Autrichiens qui vont distribuer de l’eau aux réfugiés, qui les accueillent à bras ouverts, qui offrent des bonbons aux enfants, ces centaines d’appels de Suisses qui demandent à qui s’adresser pour mettre à disposition une pièce de leur appartement ou pour offrir de la nourriture alors même que pour l’instant, peu nombreux sont les réfugiés qui arrivent jusqu’à nos frontières… Toute cette générosité et cette solidarité contredisent le discours de fermeture tenu par certains gouvernements européens et par certains politiciens y compris en Suisse.

Au-delà des slogans politiques, des individus ont choisi d’aider d’autres individus. Dans la mesure de leurs moyens, mais en rallumant à chaque fois la flamme de l’humanité en eux et chez les réfugiés qui en ont bénéficié. Ces signes de solidarité humaine peuvent sembler infimes par rapport à la situation tragique des millions de gens qui fuient actuellement la guerre et les camps de fortune, mais ils sont essentiels. Ils nous rappellent que nous avons tous droit à notre dignité d’êtres humains.