Alep après les bombardements. ©George Ourfalian/AFP/Getty Images
Alep après les bombardements. ©George Ourfalian/AFP/Getty Images

Opinion Alep, l'impuissance ou l'indifférence?

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 20 décembre 2016 dans le journal 24 Heures.
«Attention, la dureté de certaines images peut choquer.» Combien de fois Darius Rochebin ne l’a-t-il pas répétée, cette phrase, avant de diffuser des images d’Alep au TJ ? Combien de fois n’ai-je pas pleuré en voyant les habitants pris au piège sous les bombes larguées par les gouvernements russe et syrien ? Sur les images de destruction totale, j’ai bien de la peine à reconnaître les contours de la ville que j’ai visitée il y a dix ans, la citadelle millénaire, le souk où j’avais acheté le fameux savon d’Alep et un châle, comme la plupart des touristes qui visitaient alors la Syrie.

Par Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse. © Valérie Chételat

Ce châle ne me quitte plus. Je le portais dimanche soir, lors de la veillée de solidarité avec Alep organisée à la Place de la Riponne à Lausanne. Cinq cents personnes s’étaient déplacées pour montrer leur effroi devant l’injustice. Mon châle m’a réchauffé le cou, la mobilisation m’a réchauffé le cœur. Et pourtant, face à cette tragédie, nombreuses sont les personnes qui ont tout simplement renoncé à s’informer et à manifester.

Comment les en blâmer? A quoi peuvent bien servir quelques centaines de bougies allumées d’un bout à l’autre de l’Europe? Le sentiment d’impuissance domine. Et avec lui, l’indifférence, voire le cynisme, guettent. Ne les laissons pas gagner. Nos actions ne stoppent pas les bombardements russes et syriens ou les exécutions sommaires commises par leurs alliés censés «libérer» la ville? Elles n’empêchent pas les groupes armés d’enlever et de tuer des civils? Certes, mais elles montrent à nos autorités que le sort de la population d’Alep nous préoccupe.

Les autorités suisses ne peuvent pas mettre fin au conflit, mais elles ont des moyens de soulager la souffrance: en intervenant au niveau diplomatique pour demander l’envoi d’observateurs indépendants, en débloquant des fonds pour l’aide d’urgence aux déplacés, et en permettant aux Syriennes et Syriens vivant en Suisse de faire venir leur famille élargie.

Actuellement, le regroupement familial n’est autorisé que pour les parents et les enfants. Pourquoi ne pas accorder rapidement et de façon non bureaucratique des visas humanitaires aux frères et sœurs, neveux et nièces, grands-parents, et ainsi mettre à l’abri quelques milliers de personnes, si possible même avant les grands froids?

Ce geste permettrait notamment d’éviter à ces femmes, ces hommes et ces enfants de devoir grossir les camps au Liban ou en Turquie, de prendre le risque insensé de mourir en mer sur un canot pour rejoindre les côtes grecques et de se retrouver bloqués aux frontières de l’Europe.

Nous ne pouvons pas sauver Alep. Mais nous pouvons faire davantage que détourner les yeux. Surtout en cette période de Noël, qui devrait nous rappeler les valeurs de solidarité et de partage.