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Opinion Bachar ne peut pas faire partie de la solution

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 15 mars 2016 dans le journal 24 Heures.
Il y a tout juste 5 ans, le 15 mars 2011, la population syrienne est descendue dans les rues pour manifester pacifiquement contre le régime répressif de Bachar el-Assad. Les forces de l’ordre ont alors réagi avec brutalité, frappant et jetant des milliers de manifestant·e·s en prison.

C’était il y a cinq ans jour pour jour, le 15 mars 2011 : le peuple syrien, suivant l’exemple des Tunisiens et des Egyptiens, commençait à manifester pacifiquement contre le régime répressif de Bachar el-Assad. Ce dernier a réagi avec une violence brutale. Cinq ans plus tard, la guerre et l’oppression ont coûté la vie à 250'000 personnes, sans compter les 65'000 disparus. La moitié de la population – 12 millions – a été forcée de prendre la fuite.

En cette date symbolique, des pourparlers s’ouvrent à nouveau à Genève, pour permettre des négociations indirectes entre le régime et l’opposition. Si au début des soulèvements pacifiques en Syrie, le régime de Bachar el-Assad apparaissait comme sanguinaire et répressif, il semble aujourd’hui avoir retrouvé toute sa légitimité aux yeux de la communauté internationale. La plupart des États, et notamment les gouvernements occidentaux, ferment les yeux sur ce qui se passe dans le pays et ne parviennent aucunement à se mettre d'accord sur des mesures effectives qui permettraient de protéger les civils contre la brutalité de ce régime.

Leur principale priorité est clairement de combattre le groupe auto-proclamé État islamique et d'empêcher les réfugiés d'atteindre leurs frontières. Toute initiative en vue d'amener les auteurs présumés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité à rendre compte de leurs actes est désormais reléguée au second plan. Hélas pour les Syriens, cela signifie que le calvaire va se poursuivre, car ceux qui en sont responsables savent bien que leurs crimes resteront impunis. Pour les victimes et leurs proches, la perspective d'obtenir justice est illusoire.

La liste des exactions du régime est interminable : bombardements de civils, exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, arrestations arbitraires, torture systématique, populations affamées, etc. Les groupes armés commettent eux aussi des actes barbares, mais sans commune mesure avec les violations pratiquées à une échelle industrielle par le gouvernement syrien.

Un gouvernement qui exclut de négocier à Genève le départ de Bachar el-Assad. Son gouvernement, soutenu notamment par la Russie, est en position de force et se présente comme une partie incontournable de la paix en Syrie.

La communauté internationale devrait se préoccuper avant tout de soulager les souffrances du peuple syrien et d’entendre les appels de la population en faveur de la justice. Le Conseil de sécurité doit sans attendre déférer la situation en Syrie à la Cour pénale internationale. La négociation et le compromis ne peuvent se faire au prix de l'impunité des crimes de droit international. La paix ne surgira pas comme par miracle des bombardements contre les groupes islamistes.