Des réfugié·e·s et migrant·e·s en Hongrie, septembre 2015. © Attila Husejnow
Des réfugié·e·s et migrant·e·s en Hongrie, septembre 2015. © Attila Husejnow

Opinion Crise des réfugiés en Europe: l’Église montre la voie

Opinion signée Nadia Boehlen, Porte-parole de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 8 mai dans le journal Le Temps
L’incapacité de l’Europe à s’entendre sur l’accueil de quelques centaines de milliers de réfugiés met au jour de façon criante sa fragilité. Pour sortir de l’impasse, c’est le pape François qui montre la voie

«Être assise là, dans cette magnifique salle, et écouter les délégués de 32 pays expliquer l’un après l’autre à quel point ils auraient aimé accueillir un nombre important de réfugiés et comme il était malheureux qu’ils ne puissent pas le faire a été une expérience terrible.» Ces propos, qui pourraient être ceux de n’importe quel observateur à l’issue des récents sommets de l’Union européenne sur les réfugiés, furent ceux de Golda Meir, qui fut ministre des Affaires étrangères et première ministre de l’État d’Israël, à propos de la Conférence d’Évian en 1938. Elle portait sur l’accueil de centaines de milliers de réfugiés juifs et aboutit à leur abandon aux griffes de l’Allemagne nazie.

Ce que la Convention de Genève codifie

Après la Shoah, la Convention adoptée à Genève en 1951 codifiait le droit d’asile. Elle prévoyait que «devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays.»

Celles et ceux qui en bénéficièrent le plus facilement furent les réfugiés du bloc de l’Est. Ils arrivaient au compte-gouttes et servaient l’anticommunisme pendant la guerre froide. Et çà et là quelques contingents: les boat people vietnamiens, les réfugiés fuyant les dictatures d’Amérique latine. Et encore, il a fallu se battre pour accueillir ceux traqués par le sanglant Pinochet, jugés trop à gauche.

Restrictions incessantes

Puis les Etats européens se sont mis à restreindre de plus en plus le droit d’asile: introduction de visas, liste des pays sûrs. Déjà ceux qui fuyaient la guerre en Bosnie-Herzégovine ou au Kosovo n’étaient plus des réfugiés, mais des admis provisoires.

Ceux qui fuyaient les persécutions en Afrique noire, soupçonnés d’être des réfugiés économiques. Bientôt les personnes qui avaient transité par un pays européen étaient renvoyées vers ce pays pour y voir traiter leur demande d’asile. Au détriment de liens de parenté ou de communauté dans le pays où elles entendaient déposer cette demande. Au détriment des pays aux portes de l’Europe et d’une solidarité européenne.

Cynique démagogie électorale

Puis il y a eu les morts en Méditerranée. Bientôt l’Italie supprimait «Mare Nostrum», la seule mission de sauvetage en Méditerranée, au motif de son coût. L’Europe ne la remplacerait pas. Il fallait éviter l’effet incitatif. Se rabattant sur la seule route migratoire encore accessible, les réfugiés afghans, irakiens et syriens ont rejoint la Grèce et traversé les Balkans. L’Allemagne a fait un geste; la Suède aussi. Pour fermer ensuite leurs portes. Invoquant la crise économique, se pliant à une cynique démagogie électorale et au terme d’un honteux marchandage avec la Turquie, les dirigeants européens ont fermé l’accès des Syriens à l’Europe via la Grèce. La convention des réfugiés est en lambeaux.

L’incapacité de l’Europe à s’entendre sur l’accueil de quelques centaines de milliers de réfugiés met au jour de façon criante sa fragilité. Même si c’est de manière moins systématique que face à l’extermination des Juifs d’Europe, elle révèle la faillite morale du Vieux Continent. Contre toute attente, l’Église qui a si longtemps incarné une réaction contraire à l’humanisme de ses textes fondateurs, montre la voie.

Le pape montre la voie à suivre

Le pape François est rentré de Lesbos avec douze réfugiés musulmans. La voie à suivre par nos dirigeants européens, même si elle est ardue dans une Europe en butte à la montée des populismes.