En 2015, la plupart des exécutions se sont déroulées en Chine, en Iran, au Pakistan, en Arabie saoudite et aux États-Unis.© Amnesty International
En 2015, la plupart des exécutions se sont déroulées en Chine, en Iran, au Pakistan, en Arabie saoudite et aux États-Unis. © Amnesty International

Opinion Le retour en force de la peine de mort

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 12 avril 2016 dans le journal 24 Heures.
L’année 2015 a été caractérisée par une envolée spectaculaire du nombre d’exécutions dans le monde. C’est ce que révélait Amnesty International la semaine dernière lors de la publication de son rapport annuel sur la peine de mort. Au moins 1634 personnes ont été exécutées l’an dernier, soit une hausse de plus de 50% par rapport à l’année précédente. Le nombre le plus élevé recensé depuis 25 ans ! Et ceci sans compter les milliers de personnes probablement exécutées en Chine, où les statistiques sur la peine capitale restent un secret d’État.

Il est inquiétant de noter que certains États rétablissent la peine de mort au nom de la guerre contre le terrorisme. C’est le cas du Pakistan, qui a repris les exécutions suite au terrible massacre commis par les talibans dans une école de Peshawar. L’an dernier, 326 personnes ont été exécutées dans ce pays. Le Pakistan, l’Iran et l’Arabie Saoudite sont largement responsables de la hausse alarmante des exécutions l’an dernier.

Toutefois, certains États poursuivent petit à petit leur marche vers l’abolition de la peine capitale. C’est le cas des États-Unis, où 28 personnes ont été exécutées en 2015, le chiffre le plus faible depuis 1991. Le nombre de condamnations à mort (52) a également été le plus faible jamais enregistré depuis 1977. Et l’État de Pennsylvanie a imposé un moratoire sur les exécutions, portant à 18 le nombre d’États américains ayant entièrement aboli la peine de mort.

Voilà qui réjouit le dessinateur Patrick Chappatte et la journaliste Anne-Frédérique Widmann, qui ont réalisé le projet «Fenêtres sur les couloirs de la mort». Ils ont passé un an à rendre visite à des détenus condamnés à mort dans différents États américains et organisé des ateliers de dessin en lien avec ce projet. Ils en ont rapporté une exposition bouleversante, qui croise les dessins poignants des détenus avec ceux de caricaturistes célèbres. Une exposition à voir absolument, jusqu’au 8 mai, à la Maison du dessin de presse à Morges.

Lors de la présentation de leur réalisation dans le cadre du Festival du film sur les droits humains, à Genève, Patrick Chappatte et Anne-Frédérique Widmann avaient invité un homme au destin exceptionnel, Ndume Olatushani, condamné à mort pour un crime qu'il n'avait pas commis et libéré de prison après 28 ans de détention au Tenessee. Ndume parle aujourd’hui sans haine ni rancune de ce qu’il a vécu : enfermé dans une cellule minuscule, à l’isolement 23 heures sur 24, condamné parce qu’il avait le malheur d’être noir et pauvre.

Son témoignage vaut tous les discours contre la peine de mort. Il nous rappelle que des personnes innocentes sont condamnées à la peine de mort, mais aussi que personne, quel que soit le crime qu’il a commis, ne devrait subir ce châtiment cruel.