Les restes de sous-munitions d'une bombe aérienne fabriquée au Royaume-Uni, à Hajjah dans le nord du Yémen. © Amnesty International
Les restes de sous-munitions d'une bombe aérienne fabriquée au Royaume-Uni, à Hajjah dans le nord du Yémen. © Amnesty International

Opinion Les armes alimentent le conflit au Yémen

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 24 mai 2016 dans le journal 24 Heures.
Cela fait maintenant plus d’un an qu’un conflit meurtrier a débuté au Yémen. On compte plusieurs milliers de morts, dont au moins 700 enfants, et plus de 2,5 millions de personnes forcées de quitter leur foyer pour tenter de trouver un lieu sûr. 80 % de la population requiert d’urgence une assistance humanitaire.

L’Arabie saoudite a lancé les premières frappes aériennes contre le groupe armé des Houthis en mars l’an dernier, déclenchant un véritable conflit armé dans lequel toutes les parties ont commis de nombreuses atteintes au droit international humanitaire. La coalition dirigée par l'Arabie saoudite a attaqué et détruit des hôpitaux et des écoles, ce qui constitue des crimes de guerre.

Ces derniers jours, une chercheuse d’Amnesty International au Yémen a documenté l’utilisation de bombes à sous-munitions, des armes pourtant bannies par une convention internationale. Ces bombes n’explosent pas immédiatement, elles tuent et mutilent les paysans dans leurs champs et les enfants qui les confondent avec des jouets. Notre chercheuse a aussi établi que l’autre partie en conflit, les combattants houthis, arrêtent et font disparaître des personnalités politiques de l’opposition et des journalistes.

Les partenaires de l’Arabie saoudite, les États-Unis et le Royaume-Uni en tête, ont jeté de l’huile sur le feu en inondant la région d’armes. Amnesty International exhorte tous les États à veiller à ce qu'aucune partie au conflit au Yémen ne reçoive des armes, des munitions, et des équipements militaires susceptibles d'être utilisés dans le conflit.

Dans ce contexte, il est navrant de constater que les autorités suisses continuent à autoriser les livraisons d’armes à l’Arabie saoudite. En avril dernier, le Conseil fédéral a permis l’exportation de pièces de rechange pour des systèmes de défense antiaérienne et de munitions pour 106 millions de francs.

Certes, il a refusé l’exportation de grenades et d’armes de petit calibre, et évalue que le risque que les armes livrées soient utilisées pour commettre des violations des droits humains est faible. Mais rappelons que l’Arabie saoudite est devenue l’un de nos principaux destinataires de biens à double usage (du matériel qui peut être utilisé soit à des fins civiles, soit à des fins militaires). La Suisse a exporté notamment des avions Pilatus pour près de 550 millions de francs suisses. C’est inquiétant. Même si ces avions ne sont pas directement employés dans des bombardements au Yémen, peut-on être sûr que les pilotes saoudiens ne se sont pas entraînés sur ces appareils suisses ?

Vu l’escalade du conflit dans la région et les immenses déplacements de population qu’il occasionne, nos autorités feraient mieux de montrer l’exemple en réinstaurant un moratoire sur les livraisons d’armes vers ces pays.