© Amnesty International
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Opinion L’Arabie Saoudite, un marché lucratif pour les armes

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue dans le 24 heures, le 23 mai 2017.
La première tournée internationale du nouveau président américain Donald Trump a débuté par l’Arabie Saoudite. Un signal très clair: l’allié de toujours des États-Unis le reste aujourd’hui encore, quelle que soit l’administration en place à Washington. Et quel que soit le bilan en matière de droits humains de la famille royale saoudienne.

C’est ainsi que la visite de ce week-end a débouché sur la signature d'un accord sur la vente d’équipements militaires américains pour un montant de plus de 100 milliards de dollars – une des sommes les plus importantes de l’histoire dans le commerce de l’armement. L’accord porte notamment sur des navires de combat, des véhicules blindés de transport de troupes, des missiles et d'autres munitions.

Les États-Unis continueront donc à fournir des armes et une assistance militaire à l'Arabie Saoudite, alors que ce pays dirige au Yémen une coalition militaire qui a commis des violations du droit international humanitaire. Ce faisant, le gouvernement américain se rend complice de crimes de guerre.

En effet, depuis le début du conflit au Yémen en 2015, les États-Unis ont déjà transféré pour plus de trois milliards de dollars d'armes à l'Arabie Saoudite. Il ne fait aucun doute que ces armes contribuent à alimenter un conflit qui a des conséquences désastreuses pour la population civile. En septembre dernier, Amnesty International a confirmé qu’une bombe trouvée sur le site d'une attaque aérienne lancée le 15 août 2016 contre un hôpital de Médecins sans frontières était de fabrication américaine. Cette attaque avait fait onze morts et dix-neuf blessés.

Lors de missions d’enquête au Yémen, nous avons recensé plus d’une trentaine d’attaques aériennes de ce genre, imputables à la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite, qui ont fait près de cinq cents morts. Des enfants ont été tués ou mutilés par des bombes à sous-munitions, alors que ce type d’armes est interdit par le droit international.

Les deux années de conflit au Yémen ont contraint trois millions de personnes à fuir et ont provoqué une véritable catastrophe humanitaire. Près de dix-neuf millions d’habitants ont un urgent besoin de nourriture, d’eau et d’abris. Les Nations unies ont annoncé que le pays était au bord de la famine. Une situation qui aurait pu être en grande partie évitée si les partenaires de l’Arabie Saoudite, en premier lieu les États-Unis et le Royaume-Uni, ne lui avaient pas fourni des armes.

Hélas, les présidents américains successifs ferment les yeux sur les exactions commises par leur allié. Pire encore, le contrat signé ce week-end va renforcer la collaboration militaire. Et le Yémen figure sur la liste des pays auxquels Trump veut interdire l’entrée aux États-Unis. Mais pas l’Arabie Saoudite, comme par hasard.