Il existe enfin depuis l’an dernier une «stratégie droits de l’homme» en matière de politique extérieure de la Suisse, mais elle demeure cantonnée au Département fédéral des Affaires étrangères.© Norbert Aepli
Il existe enfin depuis l’an dernier une «stratégie droits de l’homme» en matière de politique extérieure de la Suisse, mais elle demeure cantonnée au Département fédéral des Affaires étrangères. © Norbert Aepli

Opinion L'incohérence de la politique extérieure suisse

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue dans le 24 heures, le 20 juin 2017.
La main gauche de la Suisse ignore parfois ce que fait sa main droite. C’est le constat qu’a dressé hier à Berne la Plateforme droits humains des ONG, à laquelle collaborent plus de 80 organisations non gouvernementales. Même si la Constitution fédérale définit la promotion du respect des droits humains comme un des buts de la politique extérieure suisse, notre pays manque de cohérence dans son application.

La Suisse fait souvent la leçon aux autres États en matière de droits humains, en leur recommandant d’abolir la peine de mort ou en leur enseignant comment mieux respecter les droits des minorités. Tant mieux! Mais quand il s’agit de poursuivre des criminels de guerre qui auraient trouvé refuge dans notre pays, quand il faut décider d’autoriser l’exportation d’armes suisses vers des pays impliqués dans des conflits meurtriers, ou quand nos autorités se demandent s’il est opportun de bloquer des fonds de dictateurs placés dans nos banques, on constate trop souvent que les intérêts économiques et financiers l’emportent sur les droits fondamentaux.

Cela n’est guère nouveau: depuis plus de 25 ans, la société civile critique cette incohérence. Des experts internes et externes à l’administration et le Conseil fédéral lui-même dans ses documents stratégiques réclament une politique extérieure plus cohérente. Malheureusement, les progrès se font attendre. Aujourd’hui comme hier, il manque une stratégie globale et des ressources suffisantes, pourtant indispensables à la mise en œuvre de processus qui contraindraient à mener une politique extérieure plus cohérente en matière de droits humains.

Certes, il existe enfin depuis l’an dernier une «stratégie droits de l’homme» en matière de politique extérieure de la Suisse, mais elle demeure cantonnée au Département fédéral des Affaires étrangères. Toutes les questions qui relèvent des autres départements ne sont donc pas soumises au respect de cette stratégie.

La personne qui succédera à Didier Burkhalter aux Affaires étrangères aura donc la lourde tâche de convaincre ses collègues du Conseil fédéral que la défense des droits humains est l’affaire de tous et pas seulement de son département. Mais avant son départ, le Neuchâtelois a encore du pain sur la planche: la création d’une institution nationale des droits humains, attendue depuis plus de quinze ans, devrait faire l’objet d’une décision du Conseil fédéral d’ici l’été. S’ils créent enfin cette institution, nos sept Sages feront la démonstration que la défense et la promotion des droits humains est de la responsabilité de tous les milieux politiques suisses et que le respect de ces droits nous concerne toutes et tous.