Des réfugiés sur l'île de Chios, en Grèce. © Giorgos Moutafis/Amnesty International
Des réfugiés sur l'île de Chios, en Grèce. © Giorgos Moutafis/Amnesty International

Opinion Ce n’est pas ma vision de l’Europe

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue dans le 24 heures, le 28 mars 2017.
Les dirigeants européens étaient réunis dans la capitale italienne le week-end dernier, pour célébrer le soixantième anniversaire du Traité de Rome. L’occasion de rappeler que cet accord a apporté à ce continent un cadeau inestimable: la paix. Mais l’occasion aussi de dire que la politique actuelle de l’Union européenne en matière migratoire est aujourd’hui bien éloignée de ses valeurs fondatrices, à commencer par le respect des droits humains.

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Ces dernières années, les dirigeants européens ont dépensé des milliards pour barricader le continent et élever des murs à ses frontières. Ils ont signé l’an dernier un marchandage honteux avec la Turquie, tout cela dans l’unique objectif d’empêcher des réfugiés de pénétrer dans l’espace Schengen.

Qu’importe que ces réfugiés aient fui la Syrie, l’Irak ou le Soudan, qu’importe que beaucoup d’entre eux correspondent aux critères pour obtenir une protection, qu’importe qu’ils mettent leur vie en danger en embarquant sur des embarcations de fortune et se retrouvent à la merci des passeurs. Visiblement, les gouvernements européens n’en ont cure.

Ce n’est pas de cette Europe que je veux. Je ne veux pas de pays qui ne font preuve d’aucune solidarité et se déchargent de toute la responsabilité sur l’Italie et la Grèce, qui se retrouvent contraintes à appliquer une politique inhumaine. Je ne veux pas qu’on traite des réfugiés qui ont fui la Syrie comme des criminels, qu’on les mette en prison sur l’île de Lesbos parce qu’ils n’ont pas d’autorisation de séjour ou qu’on les laisse croupir dans des camps insalubres durant des mois.

Je ne veux pas de pays comme la Hongrie qui incarcère automatiquement toute personne qui arrive sur son territoire, y compris des enfants, dans des conteneurs entourés de barbelés. Je croyais que ces images appartenaient à un passé révolu.

Je ne veux pas d’une Europe qui réfléchit davantage à comment se barricader plutôt qu’à sauver des vies humaines. Plus de 5000 personnes ont perdu la vie en 2016 en mer Méditerranée, et un énième naufrage a tué 250 personnes la semaine dernière. Ces drames ne sont pas des tragédies inévitables: ils sont la conséquence de décisions politiques, celles de ne pas ouvrir des voies d’accès légales et sûres vers l’Europe pour les réfugiés.

Je veux un continent qui octroie une protection aux personnes qui fuient la guerre. L’Union européenne et la Suisse peuvent et doivent se réveiller. Nous avons été capables de construire la paix sur notre continent, nous devons être capables de revenir à nos valeurs constitutives: le respect et la protection des droits fondamentaux.

 

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