World Economic Forum, Davos. © Amnesty International
World Economic Forum, Davos. © Amnesty International

Opinion Tapis rouge sang pour le président chinois

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue le 17 janvier 2017 dans le journal 24 Heures.
La visite du président chinois Xi Jinping en Suisse ces jours en fait la démonstration: nos autorités sont prêtes à sacrifier les droits humains sur l’autel de l’économie.

Elles voulaient absolument éviter une répétition de l’«incident» survenu en 1999 quand le président chinois de l’époque s’était fâché d’avoir été apostrophé par des manifestants pro-tibétains à Berne. Du coup, cette année, la police bernoise a parqué les manifestants bien loin de la place Fédérale. Quant à notre gouvernement, il a évoqué les droits humains parmi une vingtaine d’autres sujets de dialogues bilatéraux.

Les droits fondamentaux des Chinois sont-ils donc un détail qu’on peut passer sous silence quand on rencontre le président du pays le plus peuplé de la planète? Faut-il éviter de faire la leçon aux autorités chinoises au prétexte «de différences culturelles» qui requièrent notre compréhension?

Un petit rappel s’impose: depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, la répression contre les voix indépendantes s’est encore renforcée. Le gouvernement chinois a lancé dans tout le pays une vaste opération contre les avocats spécialistes des droits humains. Bon nombre ont été systématiquement visés par des manœuvres de harcèlement et d’intimidation et ont été torturés en détention. Cinq militantes en faveur des droits des femmes ont par exemple été jetées en prison juste parce qu’elles ont voulu mener une action contre le harcèlement sexuel à l’occasion de la Journée internationale de la femme.

Les autorités chinoises répriment systématiquement toutes les religions et symboles religieux. Une campagne de démolition d’églises et de décrochage de croix a été menée dans tout le pays, et de nombreux pasteurs et responsables d’églises «domestiques» (installées chez des particuliers) ont été arrêtés et détenus au secret.

La Chine connaît le triste record du pays qui exécute le plus de personnes, sans doute des milliers par année, mais les statistiques sur la peine de mort relèvent toujours du secret d’État. Quant aux populations des régions «autonomes» du Tibet et du Xinjiang, elles sont soumises à des discriminations systématiques et à des déplacements forcés.

Devant ces violations massives des droits humains, le rôle de la Suisse ne devrait pas se borner à dérouler le tapis rouge et à signer des accords commerciaux. Tous les acteurs, gouvernement et entreprises, devraient utiliser leurs relations pour rappeler à la Chine ses responsabilités en matière de droits humains. Restreindre le droit des Suisses à manifester parce qu’il faut éviter de fâcher le président chinois, c’est transmettre le message que les droits fondamentaux sont, chez nous aussi, à géométrie variable. C’est un mauvais signal.