© Amnesty International
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Opinion Tchétchénie: les homosexuels en danger de mort

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue dans le 24 heures, le 6 juin 2017.
«L’homosexualité n’existe pas en Tchétchénie.» C’est en tout cas ce que martèlent les autorités tchétchènes. Des autorités qui mènent pourtant une effroyable persécution contre les gays: il y a deux mois, le quotidien russe indépendant Novaya Gazeta a révélé que plus de cent hommes perçus comme étant gays avaient été enlevés, dans le cadre d’une campagne coordonnée. Ces hommes auraient été torturés et trois d'entre eux au moins auraient été tués.

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Tant que les autorités tchétchènes vivront dans ce déni de la réalité, les gays n’auront aucune chance d’être protégés ou d’accéder à la justice. Amnesty International s’est entretenue avec des témoins qui ont décrit comment les hommes soupçonnés d’être homosexuels sont humiliés publiquement, emmenés de force devant leurs familles et leurs collègues, si bien qu’ils risquent des représailles même en cas de libération.

C’est ce qui s’est passé avec Akhmad, qui est aujourd’hui obligé de se cacher. Il a déclaré à mes collèges: «Avant, l’homophobie se traduisait par des incidents isolés. Mais à présent, il n’y a plus aucun salut: il s’agit de persécutions au niveau des autorités.» Il est difficile de se représenter la solitude que ressentent les personnes homosexuelles en Tchétchénie qui, officiellement, «n’existent même pas».

Vendredi dernier, des militants ont mené des actions de protestation devant les ambassades russes dans de nombreux pays. Amnesty International a récolté plus d’un demi-million de signatures à travers le monde pour protester contre cette persécution choquante contre les homosexuels et exiger des autorités russes une enquête pénale exhaustive sur les atrocités commises.

Mais les homosexuels victimes de cette purge ne sont plus en sécurité, ni en Tchétchénie ni en Russie. Selon une organisation russe, une quarantaine de personnes vivent actuellement dans la clandestinité en Russie et tentent à tout prix de quitter le pays. Seuls quelques hommes ont obtenu l’asile dans des pays sûrs. La France notamment a montré l’exemple en accueillant l’un d’entre eux. Il est impératif que d’autres pays ouvrent leurs portes aux gays fuyant la Tchétchénie.

C’est également l’appel lancé la semaine dernière au Conseil fédéral par notre organisation et des associations de défense des droits des lesbiennes, gays et transgenres. Ces dernières années, les autorités suisses se sont montrées très réticentes à octroyer l’asile à des homosexuels menacés de mort dans leur pays. Il est temps de passer des paroles aux actes: la Suisse, qui est souvent intervenue sur la scène internationale pour demander aux Etats de stopper toute discrimination basée sur l’orientation sexuelle, doit elle aussi accueillir des homosexuels qui risquent leur vie.

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