Opinion Non à l’initiative anti-droits humains

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International, parue dans le journal 24 Heures, le 06 novembre 2018.
Je suis inquiète. Les sondages sur l’initiative dite des «juges étrangers» sont très serrés. Certains disent: une initiative de plus de l’UDC, quelle différence? Et bien si, il y a une grande différence. Car le 25 novembre, nous voterons sur la suppression de nos droits. Rarement une votation n’a été aussi importante pour l’avenir de notre pays.

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L’UDC a récolté des signatures pour cette initiative en attaquant directement la Convention européenne des droits de l’homme. Le conseiller fédéral Ueli Maurer a proposé fin 2014 la résiliation de la convention au Conseil fédéral, qui a balayé la proposition. Aujourd’hui, l’UDC fait marche arrière et prétend que son initiative n’a rien à voir avec cette convention. Quel mensonge éhonté!

La conséquence d’une acceptation de l’initiative sera que la Suisse devra renégocier ou résilier les traités qu’elle a elle-même décidé de signer. Cela ne concerne pas uniquement la Convention européenne des droits de l’homme, cela concerne des centaines d’accords, notamment commerciaux, auxquels nos autorités ont choisi d’adhérer parce que cela permettait de défendre les intérêts suisses.

Le 25 novembre, nous ne voterons pas sur notre «autodétermination», mais sur notre autodestruction. La prospérité suisse est basée sur la stabilité de notre démocratie. Mais contrairement à ce que prétend l’UDC, la démocratie suisse ne consiste pas seulement en des décisions prises par la majorité du peuple lors de votations populaires. Elle consiste aussi en une représentation équitable des minorités linguistiques dans les instances nationales et en un système juridique qui nous protège contre l’arbitraire.

Si la majorité alémanique en venait à décider, lors d’une votation populaire, de supprimer le droit à suivre un enseignement en français dans les écoles romandes, nous serions heureux de pouvoir nous adresser à un tribunal pour faire respecter le droit à notre langue. D’abord au Tribunal fédéral, puis, en cas de décision négative, à la Cour européenne de Strasbourg. Le fait que la majorité ne puisse pas toujours imposer son point de vue est une garantie que ce n’est pas la loi du plus fort qui s’applique.

Impensable? Il y a des pays où les enfants n’ont longtemps pas eu accès à l’école dans leur langue, comme la minorité kurde en Turquie. Rien d’impensable donc dans le fait que des gouvernements, pourtant démocratiquement élus, puissent violer les droits des minorités dans leur pays.

Si la Suisse quitte le Conseil de l’Europe, nous serions le seul pays du continent à ne pas en faire partie, aux côtés de la Biélorussie… Un pays dictatorial qui applique encore la peine de mort, est-ce cela le modèle que nous voulons pour l’avenir de la Suisse? Pas moi. Je voterai «NON» le 25 novembre à l’initiative anti-droits humains.

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