La prévention des violences sexuelles, la poursuite et la condamnation des auteurs de viols, la sensibilisation à la question du consentement: toutes ces questions relèvent de la responsabilité des États. © Jonas Persson
La prévention des violences sexuelles, la poursuite et la condamnation des auteurs de viols, la sensibilisation à la question du consentement: toutes ces questions relèvent de la responsabilité des États. © Jonas Persson

Violences sexuelles Déconstruisons les mythes sur les violences sexuelles

Opinion signée Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse, parue dans 24 Heures, le 21 mai 2019.
Quand j’étais adolescente, une de mes camarades de classe avait subi une agression sexuelle dans les toilettes d’un supermarché. Elle était tétanisée de peur et ne s’était pas défendue, et c’est une cliente qui avait mis l’agresseur en fuite. Mes copines et moi avions alors suivi des cours de self-défense et appris à crier et à frapper un agresseur potentiel qui nous poursuivrait au coin d’un bois le soir ou dans les WC publics.

Manon Schick. © AI

Ce qui est arrivé à ma camarade se produit en fait rarement et a participé à construire ma représentation faussée sur les agressions sexuelles contre les femmes. Dans les faits, les femmes connaissent généralement leur agresseur, et l’agression a lieu bien plus souvent dans une maison que dans une forêt sombre. Mais on apprend rarement aux jeunes filles à se défendre contre un homme qu’elles connaissent. Et on apprend encore moins aux garçons que la base de toute relation sexuelle doit être le consentement mutuel.

Le Parlement fédéral a ratifié la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique. Celle-ci est entrée en vigueur il y a un an en Suisse et prévoit que les États doivent prévenir et combattre toutes les formes de violence à l’égard des femmes, car cette violence «est une manifestation des rapports de force historiquement inégaux entre les femmes et les hommes, ayant conduit à la domination et à la discrimination des femmes par les hommes, privant ainsi les femmes de leur pleine émancipation.»

La prévention des violences sexuelles, la poursuite et la condamnation des auteurs de viols, la sensibilisation à la question du consentement: toutes ces questions relèvent de la responsabilité des États. La violence à l’égard des femmes n’est pas une question privée. Les femmes doivent pouvoir se sentir en sécurité dans l’espace public aussi bien que dans leur chambre à coucher. Et si elles sont victimes de violences, elles doivent pouvoir s’adresser à la police et à la justice sans que la société ne rejette la faute sur leur habillement ou leur comportement.

La violence sexuelle à l’égard des femmes est largement sous-estimée. L’Europe a mené des enquêtes, mais très peu de statistiques sont disponibles à ce sujet dans notre pays. C’est pourquoi Amnesty International lance aujourd’hui une campagne contre les violences sexuelles en Suisse. Les mythes ont parfois la vie dure, mais ils peuvent être combattus, et je suis persuadée qu’une immense majorité des femmes et des hommes de ce pays souhaitent une société dans laquelle le consentement mutuel constitue la base de nos relations. Seul un oui est un oui. Sinon, c’est non.