Nos gouvernements doivent adopter des mesures urgentes pour contrer le réchauffement climatique et protéger les défenseurs de l’environnement. ©Amnesty International (Photo: Richard Burton)
Nos gouvernements doivent adopter des mesures urgentes pour contrer le réchauffement climatique et protéger les défenseurs de l’environnement. ©Amnesty International (Photo: Richard Burton)

Climat et droits humains S’inspirer des projets radicaux

Opinion signée Nadia Boehlen, porte-parole d'Amnesty International Suisse, parue dans Le Courrier, le 21 novembre 2019.
La réponse à la catastrophe écologique en cours ne peut passer que par une «remise en question fondamentale de notre organisation sociale, de nos modes de production et de consommation».

Nadia_Boehlen_2.jpgEn détruisant l’environnement dans lequel il vit, l’être humain ne s’en prend pas seulement aux écosystèmes, au monde animal et végétal et aux éléments, il s’en prend aussi à lui-même, menaçant la survie de l’humanité. Pour la première fois en mai, un rapport exhaustif dressait un état des lieux mondial de la biodiversité. Ses conclusions sont effrayantes. Aujourd’hui, 75% de l’environnement terrestre, 40% des mers et des océans et 50% des courants aquatiques sont menacés, avec des effets en cascade sur les écosystèmes locaux et régionaux.

Et bien sûr, le réchauffement climatique accélère la destruction des écosystèmes et représente un défi majeur pour l’humanité à l’échelle de la planète. Les dérèglements climatiques ont un impact direct sur certains droits humains: accès à l’eau potable, à l’alimentation, à des conditions sanitaires décentes. Ils sont responsables de catastrophes naturelles cataclysmiques, quand certains territoires comme les Etats insulaires ne sont pas directement menacés de disparition.

Scientifiques, ONG ou partis écologistes ont dressé leur catalogue de mesures pour enrayer les déprédations écologiques. Prendre toutes les mesures possibles pour réduire les émissions de carbone dans les plus brefs délais. Combiner la conservation de la biodiversité avec des réductions drastiques des émissions de CO2 et une protection accrue des puits de carbone naturels. Stopper l’augmentation de l’espace agricole nécessaire à l’alimentation animale pour le bétail industriel, qui est un facteur clé du changement d’affectation des terres par la déforestation et la destruction des habitats. Protéger et restaurer les forêts, les tourbières et les écosystèmes marins côtiers.

Malgré des preuves scientifiques accablantes et les recommandations dont nous disposons, nous continuons de minimiser la portée de la catastrophe écologique en cours. Certes, les jeunes se mobilisent par millions depuis des mois pour inciter au changement. Bravant souvent l’interdiction qui leur est faite de manquer l’école, ils manifestent à travers le monde pour exiger l’adoption de politiques environnementales effectives. Et si certain-e-s politiques ont tôt fait de railler leur naïveté et leur manque de pragmatisme politique, à la suite de leur mobilisation, des partis réécrivent leur programme, les policitien-ne-s vert-e-s sont davantage représenté-e-s dans nos parlements, et des gouvernements s’engagent à agir plus rapidement.

Néanmoins, les dirigeant-e-s que les jeunes interpellent ne remettent pas fondamentalement en cause nos modes de développement et de consumérisme. Tout comme les partis qui, de compromis en compromis pour accéder aux instances de pouvoir, abandonnent ou édulcorent leur programme de transition écologiste.

Pour enrayer la catastrophe écologique actuelle, il faudrait une remise en question fondamentale de notre organisation sociale, de nos modes de production et de consommation. Or, seul-e-s quelques pionniers et pionnières proposent de nouvelles manières de vivre ensemble qui renoncent à l’agriculture intensive, à toute forme de prédation sur les ressources naturelles, qui ne cèdent pas à la création de besoins artificiels induits par l’économie pour maintenir sa croissance, redonnant au passage un sens à leur travail.

Ces personnes sont à chercher par exemple parmi celles et ceux qui développent de nouvelles manières de vivre ensemble ou de production agricole. Comme les adeptes de la permaculture, cette façon holistique d’aborder la culture des produits de la terre en se calquant sur le cycle naturel. Ou les zadistes, ces militant-e-s souvent issu-e-s des milieux écologistes anticapitalistes, qui utilisent les ZAD (acronyme pour «zone à défendre») pour y promouvoir des approches alternatives de l’organisation sociale et du rapport à la terre.

Plutôt que de décrier avec suspicion leur prétendue radicalité ou leur utopisme, Etats et entreprises feraient bien de s’en inspirer plus largement pour développer de nouvelles manières de vivre ensemble et de produire!