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Droits des femmes Un Parlement sensibilisé par la grève des femmes?

Opinion signée Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse, parue dans 24 Heures, le 18 juin 2019.
Quelle joie d’échanger vendredi dernier dans les rues de Lausanne des sourires complices avec des femmes inconnues qui affichaient leur soutien à la grève des femmes en portant un pull violet! Tout comme moi, elles avaient sans doute fouillé leur placard pour sortir le seul habit de cette couleur et portaient fièrement ce signe de ralliement.

Et quel bonheur de côtoyer ces dizaines de milliers de manifestantes lors du défilé, avec leurs slogans drôles et provocateurs, réunies pour témoigner leur solidarité avec les femmes du monde entier. Partout sur notre planète, les femmes sont encore largement victimes de pratiques traditionnelles comme les mutilations génitales ou les crimes d’honneur, ou encore de lois discriminatoires qui leur interdisent d’avorter, de divorcer, d’hériter.

La revendication principale de la grève des femmes concernait toutefois la Suisse et la dénonciation des inégalités: l’inégalité salariale entre femmes et hommes, les charges domestiques encore majoritairement assumées par les femmes, ou encore le harcèlement sexuel.

Face à un mouvement d’une ampleur inégalée dans notre pays, nos autorités vont-elles se montrer plus sensibles face aux revendications d’égalité? Le test aura lieu cette semaine déjà: le Conseil des États va voter sur l’introduction d’un quota minimal de 30% de femmes dans les conseils d’administration des entreprises et sur l’introduction d’un congé paternité.

Le Conseil fédéral devra, lui, répondre aux interpellations déposées la semaine dernière par six femmes parlementaires de tous les partis (sauf l’UDC). Sur la base des résultats de l’enquête mandatée par Amnesty International, qui montrent qu’une femme sur cinq en Suisse a été victime d’une agression sexuelle et une sur dix victime d’un viol, les parlementaires demandent au gouvernement quelles mesures il compte mettre sur pied pour mieux lutter contre les violences sexuelles. La révision du code pénal est l’occasion d’introduire la notion de consentement dans la définition du viol: tout rapport sexuel non consenti devrait être considéré comme un viol, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.

La défense des droits des femmes n’a que rarement été la priorité de nos autorités par le passé. La Suisse a ainsi perdu des places dans le classement du World Economic Forum sur le «gender gap», l’index qui mesure les progrès des pays pour réduire les inégalités entre les sexes. Le retard de notre pays est notamment lié au fait que les autres pays ont adopté plusieurs mesures pour combattre proactivement les discriminations contre les femmes, alors que la Suisse refuse toujours de faire de même.

«Après le 14 juin, on ne lâche rien», avons-nous scandé en chœur vendredi dernier. Messieurs les parlementaires et membres du gouvernement: on vous attend au tournant!