La majorité des personnes demandant l'asile sont des familles, dont de nombreux enfants et bébés. © Giorgos Moutafis/Amnesty International
La majorité des personnes demandant l'asile sont des familles, dont de nombreux enfants et bébés. © Giorgos Moutafis/Amnesty International

Opinion 23 enfants réfugiés accueillis par la Suisse

Opinion signée Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse, parue dans 24 Heures, le 19 mai 2020.
Samedi, 23 mineurs non-accompagnés ont atterri en Suisse, en provenance de Grèce où ils étaient bloqués dans des camps de réfugiés depuis des mois, voire des années. Tous ces enfants ont de la famille en Suisse et seront accueillis par leurs proches après quinze jours de quarantaine, de façon à s’assurer qu’ils ne soient pas atteints du Covid-19.

Manon Schick. © AI Il était temps que les autorités suisses tiennent leur promesse, faite déjà avant la propagation du coronavirus. Car la situation dans les camps de réfugiés en Grèce est plus catastrophique que jamais: près de 40'000 personnes, dont environ 5’600 mineurs non-accompagnés, sont actuellement contraintes de vivre sous des tentes ou des bâches dans des conditions misérables.

À Moria, sur l’île de Lesbos, 19'000 personnes survivent dans un camp prévu initialement pour 2’800 personnes, avec parfois un seul point d’eau pour un millier de réfugiés et aucun savon à disposition. Les structures sanitaires et le personnel soignant sont en nombre insuffisant. Dans ces conditions, le virus pourrait se propager extrêmement rapidement et avoir des conséquences dramatiques.

Depuis des mois, Amnesty International et d’autres organisations d’aide aux réfugiés se mobilisent pour demander à la Grèce de transférer les migrants dans des structures adéquates hors des îles. Les habitants sont excédés, des mouvements d’extrême-droite exploitent le thème à des fins électoralistes, et un centre d’accueil géré par l’association suisse One Happy Family a vu ses locaux incendiés.

Il est non seulement urgent d’évacuer ces camps sur les îles grecques, mais aussi que l’Europe vienne en aide à la Grèce en accueillant des réfugiés, en particulier les personnes vulnérables comme les enfants. Le système de Dublin provoque une répartition complètement inégale des réfugiés. Il contraint les pays qui se situent aux frontières de l’Europe à accueillir un nombre plus important de réfugiés et de requérants d’asile que les autres pays.

La Suisse profite grandement de ce système: les réfugiés n’arrivent plus jusque dans notre pays. Jamais le nombre de demandes d’asile n’a été aussi bas que l’an dernier: seules 14'000 demandes ont été déposées, et ceci alors que la situation dans les pays du sud de l’Europe se détériore.

Nos autorités peuvent faire davantage pour se montrer solidaires avec la Grèce et accueillir bien plus que 23 enfants. Ce geste humanitaire est certes une première étape positive, mais la Suisse peut prendre en charge un contingent de réfugiés plus important. D’ailleurs, plusieurs pays comme l’Allemagne ou le Portugal se sont montrés solidaires en accueillant des centaines d’enfants. Seul un effort collectif de tous les pays européens permettra de fermer ces camps de réfugiés!