Environ 50 000 personnes ont participé à une manifestation contre le racisme à Vienne le 4 juin 2020. ©  	Christopher Glanzl / Amnesty International Austria
Environ 50 000 personnes ont participé à une manifestation contre le racisme à Vienne le 4 juin 2020. © Christopher Glanzl / Amnesty International Austria

États-Unis Un racisme ancré dans toute la société

Opinion signée Manon Schick, directrice sortante d’Amnesty International Suisse, parue dans 24 Heures, le 16 juin 2020.
L’ampleur des manifestations «Black Lives Matter» à travers le monde, en réaction au meurtre de George Floyd par un policier blanc à Minneapolis, est frappante. La mort de cet homme noir asphyxié sous le genou du policier a suscité l’indignation mondiale. Avec raison. Car elle est emblématique d’une discrimination contre les personnes afro-américaines très ancrée dans la société américaine.

Manon Schick. © AI Chaque année, ce sont plus de mille personnes qui sont tuées par la police aux États-Unis: deux fois plus de Noirs que de Blancs, alors que les personnes de couleur ne représentent que 15% de la population américaine. On retrouve cette surreprésentation également dans les prisons ou dans le couloir de la mort.

Personne ne devrait craindre pour sa vie en raison de la couleur de sa peau. Pourtant, si vous naissez Noir aux États-Unis, vous aurez bien plus de risques de mourir sous les balles de la police ou d’être condamné à mort pour un délit qui aurait valu une peine de prison à un Blanc. La discrimination commence dès la naissance: les femmes afro-américaines ont quatre fois plus de risques de succomber à des complications liées à leur grossesse que les femmes blanches. Une disparité qui reste fixe depuis plusieurs décennies.

La crise du coronavirus a également mis en évidence les discriminations raciales dans ce pays: les populations afro et latino-américaines sont surreprésentées parmi les personnes qui décèdent du Covid-19. Pauvreté, obésité, travail précaire, pas d’accès à des soins en raison du manque d’une assurance maladie et impossibilité de se confiner : tous les ingrédients sont réunis pour frapper davantage les minorités raciales ou ethniques.

Seules des mesures actives de lutte contre la discrimination et des changements de lois permettront aux États-Unis de faire des progrès. Une loi qui veut abolir le profilage racial avait été proposée en 2001 et a été remise à l’ordre du jour du Congrès l’an dernier. Les Noirs sont en effet régulièrement la cible d’interpellations et de fouilles injustifiées et humiliantes, dans la rue ou dans des centres commerciaux, ou encore d’abus physiques lorsqu’ils sont amenés au poste de police.

Il faut aussi que le Parlement adopte une loi pour limiter le recours à la force meurtrière par la police. Dans certains États américains, les agents utilisent des armes létales et peuvent tirer sans sommation. Les lois sont trop floues et ne limitent pas l’usage des armes à feu aux cas de légitime défense ou pour protéger la vie de tiers.

On pourrait espérer que la mort de George Floyd serve de déclencheur à des réformes profondes pour lutter contre le racisme aux USA. Cet espoir risque d’être douché par la campagne électorale et par le président qui jette de l’huile sur le feu avec des discours violents et discriminatoires.

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