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Stop à la haine - oui le 9 février 2020 La haine homophobe n’est pas une opinion

Opinion signée Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse, parue dans 24 Heures, le 14 janvier 2020.
Appeler à la haine contre les personnes homosexuelles n’est pas une question de liberté d’expression. Notre droit à exprimer nos opinions, même critiques, s’arrête là où commence le droit des autres êtres humains à ne pas subir de discrimination. Au même titre que la haine raciste n’est pas une opinion et que le fait de tenir des propos racistes de façon publique est puni par le code pénal, les appels à la haine homophobe devraient eux aussi être punis.

Manon Schick. © AI

Les agressions physiques contre les personnes homosexuelles sont déjà punissables, comme n’importe quelle atteinte à l’intégrité physique. Mais pas les propos homophobes. Pour combler ce manque, le Parlement a adopté une proposition d’extension de la norme pénale anti-raciste. Elle prévoit que l’incitation publique à la haine contre les gays, lesbiennes et personnes bisexuelles soit considérée comme une infraction pénale. Mais un référendum a été lancé contre cette révision du code pénal, et la population suisse est donc appelée à voter le 9 février prochain.

La discrimination commence souvent par des agressions verbales. En ne punissant pas des propos incitant à la haine contre des personnes uniquement sur la base de leur orientation sexuelle, la Suisse laisse croire que ces propos sont anodins et inoffensifs. Tolérer des discours de haine, notamment sur internet, rend la prévention auprès des jeunes très difficile: comment leur faire passer le message que des insultes homophobes violent le droit dont dispose toute personne de ne pas subir de discriminations, si des politiciens et politiciennes peuvent appeler à la haine en toute impunité?

Dans le monde entier, et en Suisse également, les lesbiennes, les gays, les personnes bisexuelles ou transgenres sont régulièrement confrontées à des humiliations, des insultes, des attaques verbales ou physiques. Elles sont souvent traitées comme des malades ou des déviantes. Dans certains pays, elles courent le risque d’être emprisonnées et torturées, voire même exécutées. Bien sûr, on peut rétorquer qu’en Suisse, la loi ne discrimine pas les personnes sur la base de leur orientation sexuelle. Mais les humiliations et les agressions restent fréquentes, bien plus nombreuses pour cette partie de la population que pour les personnes hétérosexuelles.

Il est temps d’adapter notre code pénal pour indiquer clairement que les incitations à la haine homophobe ne sont pas tolérables chez nous. C’est pourquoi je voterai oui le 9 février à l’extension de la norme anti-raciste. La Suisse doit éliminer toute discrimination basée sur l’orientation sexuelle, et cette modification de notre législation est un signal important, qui permettra à la fois de punir la violence homophobe, mais aussi de mieux la prévenir.