Le 14 avril 2014, deux cent trente-sept lycéennes ont été enlevées et l'école de Chibok a été incendiée par Boko Haram © Droit réservés
Le 14 avril 2014, deux cent trente-sept lycéennes ont été enlevées et l'école de Chibok a été incendiée par Boko Haram © Droit réservés

Nigeria Des femmes enlevées et contraintes de participer aux attaques de Boko Haram

Au moins deux mille femmes et jeunes filles ont été enlevées par Boko Haram depuis le début de l’année 2014 et nombre d’entre elles ont été réduites en esclavage sexuel et formées au combat, a déclaré Amnesty International à l’occasion du premier anniversaire de l’enlèvement des écolières de Chibok.

Fondé sur près de deux cent témoignages, dont vingt-huit émanant de femmes et de filles qui se sont échappées, un nouveau rapport intitulé «Notre métier est d’abattre, de massacrer et de tuer.» Boko Haram fait régner la terreur recense de nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par Boko Haram, notamment le meurtre d’au moins cinq mille cinq cent civils, alors que le groupe semait la terreur dans le nord-est du Nigeria en 2014 et début 2015.

Femmes violées et mariées de force

Le rapport d’Amnesty International apporte de nouvelles informations sur les méthodes brutales employées par le groupe armé dans le nord-est du Nigeria. Les hommes et les garçons y sont régulièrement embrigadés ou systématiquement exécutés, tandis que les jeunes femmes et les filles sont enlevées, emprisonnées et parfois violées, mariées de force et contraintes de participer à des attaques armées, parfois dans leur propre ville ou village.

«Les preuves apportées dans ce rapport-choc, un an après l’enlèvement des jeunes filles de Chibok, mettent en évidence l’ampleur et la cruauté des méthodes de Boko Haram», a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

Il reste énormément à faire pour protéger les civils

«Des hommes et des femmes, des garçons et des filles, des chrétiens et des musulmans ont été enlevés et brutalisés par Boko Haram dans un règne de la terreur qui a frappé des millions de personnes. Les récentes victoires militaires représentent peut-être le début de la fin pour Boko Haram, mais il reste encore énormément à faire pour protéger les civils, résoudre la crise humanitaire et entamer le processus de reconstruction.»

Enlèvements

Les deux cent septante-six écolières enlevées à Chibok ont suscité l’attention du monde entier grâce à la campagne #BringBackOurGirls. Mais ces écolières portées disparues ne représentent qu’une petite partie des femmes, des filles, des jeunes hommes et des garçons enlevés par Boko Haram.

Boko Haram a pour habitude de conduire directement les femmes et les filles enlevées dans des camps situés dans des endroits reculés ou dans des camps de transit improvisés, comme celui établi dans la prison de Ngoshe. Elles sont alors déplacées de ces camps de transit vers des maisons situées dans des villes et villages, où elles sont endoctrinées pour leur imposer la version de l’islam prônée par le groupe en vue de leur mariage.

Massacres

Depuis le début de l’année 2014, Amnesty International a recensé au moins trois cent raids et attaques menés par Boko Haram contre des civils. Lors des incursions dans les villes, les combattants ciblaient systématiquement l’armée ou la police en priorité pour s’emparer des armes et munitions avant de s’en prendre à la population civile. Ils tiraient sur tous ceux qui tentaient de s’échapper et rassemblaient les hommes en âge de combattre pour les exécuter.

À Gwoza, Boko Haram a tué au moins six cent personnes lors de l’attaque du 6 août 2014. Des témoins ont raconté à Amnesty International que tous ceux qui essayaient de s’échapper étaient poursuivis. «Ils se rendaient en moto dans les environs, dans chaque coin de rue et abattaient les gens. Ils ne tiraient que sur les hommes.»

Incendies et pillages : nouvelles images satellites de la destruction de Bama

Des images satellites réalisées à la demande d’Amnesty International ont permis à l’organisation de montrer l’ampleur des dégâts causés par Boko Haram.

Elles comprennent notamment des images de Bama avant et après l’attaque, commandées pour le rapport. Elles montrent qu’au moins cinq mille neuf cent structures, dont l’hôpital, soit environ 70 % de la ville, ont été endommagées ou détruites par les combattants de Boko Haram lorsqu’ils ont battu en retraite au moment de la reprise du contrôle de la ville par l’armée nigériane en mars 2015.

La vie sous l’emprise de Boko Haram

Le rapport décrit le règne de la terreur imposé aux populations soumises à Boko Haram. Peu après avoir pris le contrôle d’une ville, Boko Haram rassemblait la population et annonçait de nouvelles règles imposant des restrictions des mouvements, en particulier aux femmes. La plupart des foyers devenaient alors dépendants des enfants pour trouver de la nourriture, ou attendaient les visites des membres de Boko Haram qui leur distribuaient de la nourriture pillée.

Amnesty International appelle Boko Haram à cesser de tuer des civils, et le gouvernement nigérian à prendre toutes les mesures légales possibles pour garantir leur protection et restaurer la sécurité dans le nord-est du pays. La communauté internationale doit également continuer à aider le nouveau gouvernement du Nigeria à répondre à la menace que représente Boko Haram.

Changement de gouvernement

«Le changement de gouvernement au Nigeria est l’occasion d’aborder différemment la sécurité au Nigeria après l’échec cuisant de ces dernières années», a déclaré Salil Shetty.

«Les personnes enlevées doivent être secourues et des enquêtes doivent être ouvertes sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Les cadavres doivent être exhumés des fosses communes, tout autre homicide doit être évité et les responsables de ces souffrances épouvantables doivent être traduits en justice.»

Les informations sur Boko Haram recueillies par Amnesty International doivent être prises en compte par la Cour pénale internationale dans le cadre de son examen préliminaire en cours sur la situation dans le nord-est du Nigeria.

Communiqué de presse publié le 14 avril 2015, Londres - Berne.
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