Sud-Soudan Sud-Soudan: Halte au harcèlement de journalistes

6 avril 2013
Une coalition d’ONG, dont Amnesty International, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Human Rights Watch, ont dénoncé les pressions dont sont victimes les journalistes. A l’occasion de la journé de la liberté de la presse, ces organisations demandent que cesse le harcèlement.

Depuis l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011, les forces de sécurité de ce pays soumettent régulièrement des journalistes à des actes d'intimidation et à des arrestations et détentions illégales en lien avec le contenu de leurs articles. Le Service national de la sûreté (NSS) joue dans ce sens un rôle proéminent. Pourtant, le mandat et les fonctions de cet organe n’ont jamais été définis par la loi, et il n'est nullement habilité à procéder à des arrestations ni à des incarcérations.

Le Soudan du Sud ne dispose d'aucun organisme officiel chargé de réglementer les médias. Les forces de sécurité pratiquent une censure de fait par le biais du harcèlement et des détentions illégales. «Le gouvernement doit maîtriser ses forces de sécurité, enquêter sur toutes les attaques visant des journalistes et en poursuivre les auteurs.» a ajouté Daniel Bekele, directeur en charge de l'Afrique à Human Rights Watch.

L’auto-censure, nouveau fléau de la presse sud-soudanaise

«Les journalistes du Soudan du Sud pratiquent de plus en plus l'autocensure en raison du harcèlement auquel leur travail les expose, a souligné Netsanet Belay, directeur du programme Afrique d'Amnesty International. C'est extrêmement préoccupant et en totale contradiction avec la Constitution du Soudan du Sud, qui impose au gouvernement de garantir la liberté de la presse.»

De nombreux journalistes indiquent qu'ils s'abstiennent d'eux-mêmes d'aborder les sujets sensibles, comme la corruption et la politique interne du parti au pouvoir, soit parce que des membres des forces de sécurité leur ont dit de ne pas en parler, soit parce qu'eux ou leurs collègues ont été récemment intimidés ou incarcérés pour avoir traité de sujets de ce type.

En décembre 2012, le célèbre journaliste Isaiah Abraham a été abattu par des hommes armés non identifiés devant son domicile, à Djouba. Cet homme, qui critiquait souvent le gouvernement dans ses articles, avait reçu un certain nombre de menaces, dont des appels téléphoniques et des textos anonymes lui ordonnant d'arrêter d'écrire. Les autorités ont vite réagi en condamnant cet assassinat et en diligentant une enquête, mais plusieurs mois plus tard, aucun suspect n’a encore été identifié.

Ni loi nationale, ni convention internationale

Le Soudan du Sud a perdu 12 places dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières et se retrouve à la 124e place sur 180 en raison des pratiques brutales de ses forces de sécurité à l'égard des journalistes, ainsi qu'à la suite de l'assassinat d'Isaiah Abraham. Le Soudan du Sud ne dispose pas encore de lois relatives aux médias, bien que trois projets soient en cours d'examen devant le Parlement. Les rédacteurs en chef et les journalistes expliquent que, en l'absence de, ils sont particulièrement vulnérables au harcèlement, aux arrestations arbitraires et à la censure.

Les organisations citées ci-dessus appellent le Parlement du pays à adopter dans les meilleurs délais des lois relatives aux médias conformes aux normes internationales afin d'améliorer la protection de la liberté d'expression, des médias et de l'accès à l'information. Le Soudan du Sud doit aussi ratifier rapidement les principaux traités relatifs aux droits humains, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Les quatre organisations estiment que ces ratifications renforceraient la protection de la liberté d'expression et d'autres droits fondamentaux.

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