Des défenseures des droits des femmes manifestent contre la criminalisation de l'avortement au Salvador.  © Giles Clarke
Des défenseures des droits des femmes manifestent contre la criminalisation de l'avortement au Salvador. © Giles Clarke

Droits sexuels et reproductifs Femmes activistes victimes d'agressions, de surveillance et de diffamation

Sur le continent américain, de nombreuses femmes promouvant l’interruption de grossesse, l’éducation sexuelle, l’accès à des méthodes contraceptives modernes sont victimes de menaces et de campagnes de diffamation. Ces terribles attaques ont pour but d’empêcher tout débat sur les questions liées aux droits sexuels et reproductifs.

«Oser parler d’avortement ou d’éducation sexuelle en Amérique latine semble être une raison suffisante pour être traitée de «criminelle», ou de «terroriste». Tant que les gouvernements n’assumeront pas leur responsabilité en protégeant ces courageuses défenseures des droits humains et en respectant leur travail, cette situation continuera à se détériorer dangereusement», a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du Programme pour les Amériques d’Amnesty International.

Diffamation

«Les implacables campagnes de diffamation entreprises contre ces femmes, dont le travail est de promouvoir les droits humains et le bien-être de tous et toutes, révèlent le pire visage d’une région qui prétend avancer en matière de droits humains».

Amnesty International s’est entretenue avec des dizaines de défenseures de droits humains de toute l’Amérique latine qui ont souffert d’harcèlements publics, de menaces de mort et d’agressions physiques du fait de leur travail. Ces attaques sont tant l’œuvre d’acteurs non-étatiques que d’acteurs étatiques. Ces crimes font rarement l’objet d’enquêtes et les responsables ne sont presque jamais traduits en justice.

Des sujets qui dérangent

«Les campagnes de diffamation font partie des vieilles recettes pour tenter d’empêcher les activistes de parler des sujets qui dérangent les autorités. S’en suivent généralement des poursuites judiciaires contre les activistes. Le fait que ces campagnes existent n’est pas surprenant, mais que les autorités restent les bras croisés pendant que des activistes et leurs familles sont terrorisées au point que certaines abandonnent leur travail, c’est absolument choquant», ajoute Erika Guevara Rosas.

Les activistes de CLADEM, une organisation paraguayenne de défense des droits humains qui soutenait la demande d’avortement présentée par la famille d’une jeune fille de 10 ans ayant survécu à un viol, ont fait l’objet d’intimidations malveillantes, de harcèlements et de surveillance.

Téléphones et ordinateurs surveillés

Depuis qu’elles ont adopté ce cas, les activistes de CLADEM rapportent que leurs téléphones sont sur écoute et leurs ordinateurs surveillés. En quelques mois, elles ont retrouvé dans leurs ordinateurs portables 14 programmes informatiques malicieux. Certaines des activistes ont également assuré qu’elles et leurs familles avaient été photographiées par des inconnus, avaient reçu des menaces par téléphone et que leurs voitures avaient été saccagées.

Dans le Yucatán, au Mexique, où l’accès aux services d’interruption de grossesse est légal dans certaines conditions, une brutale campagne contre les membres de la seule organisation qui offre des services d’avortement légal et sans risque, a obligé la grande majorité du personnel à démissionner. Ils craignaient que quelque chose ne leur arrive si l’on savait qu’ils travaillaient dans la clinique.

Défenseures du droit à l'avortement dans le collimateur

Plus tôt cette année, et tout au long de l’année 2014, les membres de deux organisations de droits des femmes au Salvador, la Agrupación Ciudadana por la Despenalización del Aborto (Groupement citoyen pour la dépénalisation de l’avortement) et la Colectiva Feminista para el Desarrollo Local (Collectif féministe pour le développement local), ont fait l’objet d’une cruelle campagne de harcèlement après avoir publiquement soutenu 17 femmes condamnées à des peine de prison, en raison de complications liées à leur grossesse.

Des groupes anti-avortement, des medias conservateurs et des hommes politiques ont déclaré publiquement que ces défenseures salvadoriennes des droits des femmes «capables de multiplier le sang qui coule déjà dans les rivières de notre pays» et promotrices de «la culture de la mort».

«En ne protégeant pas le travail inestimable de ces activistes des droits humains, et en étant parfois même directement responsables de ces crimes, les gouvernements de la région perpétuent les conditions qui permettent à ces terribles campagnes de diffamation d’avoir lieu, a affirmé Erika Guevara Rosas. Jusqu’où les attaques et actes de violence doivent-ils aller pour que les autorités réagissent enfin ?».

 

 

 

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