À l'occasion de la Journée internationale d'action pour un avortement légal et sans risque, des militant·e·s argentin·ne·s ont envoyé au Congrès des centaines de bouquets de plantes, souvent utilisées pour déclencher des avortements dangereux pouvant être mortels.  © Amnesty International Argentina
À l'occasion de la Journée internationale d'action pour un avortement légal et sans risque, des militant·e·s argentin·ne·s ont envoyé au Congrès des centaines de bouquets de plantes, souvent utilisées pour déclencher des avortements dangereux pouvant être mortels. © Amnesty International Argentina

Action lettres Argentine Une occasion cruciale de légaliser l'avortement

10 novembre 2020
En mars 2020, le président argentin Alberto Fernandez s'est engagé publiquement à présenter un projet de loi au Congrès afin de légaliser l'avortement avant la fin de l'année.

Cette promesse n'a pas encore été tenue, alors que nous approchons rapidement de la fin de la session en cours du Congrès, le 30 novembre. Après cette date, la probabilité de voir ce projet de loi essentiel approuvé va nettement diminuer. Aussi demandons-nous au président d'honorer sa parole et de s'acquitter des obligations de l'Argentine en termes de droits humains s’agissant de respecter, protéger et réaliser les droits, la vie, la santé et l'autonomie des femmes et des filles, en soumettant sans plus attendre ce texte de loi visant à légaliser l'avortement avant la fin de l'année.

COMPLÉMENT D’INFORMATION

En juin 2018, la Chambre basse du Congrès argentin a adopté un projet de loi qui dépénalise totalement l'avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse. Ce fut une victoire historique pour le mouvement grandissant en faveur de la légalisation de l'avortement en Argentine, couramment appelé Marea Verde (Vague verte). Cette victoire est intervenue après deux mois de manifestations publiques et d'audiences publiques et participatives devant les députés (membres du Parlement).

Ce projet de loi a été rejeté à une faible majorité au Sénat, la Chambre haute du Congrès argentin, malgré le nombre sans précédent de militant·e·s descendus dans les rues pour soutenir ce texte de loi et la campagne massive de solidarité internationale. Amnesty International a mobilisé ses membres, faisant pression sur les représentants des gouvernements et sur des personnes influentes à travers le monde afin qu'ils apportent leur soutien à cette loi, et a acheté une pleine page de publicité en dernière page du New York Times pour appeler les sénateurs à voter en faveur de ce texte.

De nombreux mécanismes de défense des droits humains des Nations unies ont demandé à l'Argentine de protéger les droits en matière de procréation et de sexualité, y compris en dépénalisant l'avortement, en vue de garantir la vie, la santé, la dignité, la vie privée et la vie sans violence des femmes et de toute autre personne susceptible d'avoir une grossesse. Récemment, le Groupe de travail des Nations unies sur la question de la discrimination contre les femmes en droit et dans la pratique a publié une déclaration félicitant les législateurs argentins pour avoir introduit et débattu la question. Cette lettre confirme l'importance et l'urgence qu'il y a à étendre les droits reproductifs des femmes et réclame explicitement l'adoption de ce projet de loi.

Depuis les élections de 2019, l'Argentine a un nouveau Congrès : un projet de loi en faveur de la légalisation de l'avortement peut donc être déposé et faire l'objet d'un vote selon les règles de procédure. Le président Alberto Fernandez s'est déjà déclaré publiquement favorable à la légalisation de l'avortement en Argentine et s'est engagé à présenter un projet de loi devant le Congrès cette année. Ce serait la première fois dans l'histoire de l'Amérique latine qu'un président adopte un projet de loi soutenant la dépénalisation et la légalisation de l'avortement. Cependant, cette procédure a pris du retard du fait de la pandémie de COVID-19 et il est désormais à craindre que le projet de loi ne soit pas déposé. S'il ne l'est pas cette année, il ne sera sans doute plus présenté en raison du contexte politique défavorable, 2021 étant une année électorale pour le Congrès. C’est pourquoi nous souhaitons faire pression sur le président afin qu'il honore son engagement et fasse en sorte que le projet de loi soit soumis au Congrès en 2020.