Un petite fille de deux ans, du Honduras, pleure pendant que sa mère est fouillée et détenue près de la frontière entre les États-Unis et le Mexique le 12 juin 2018 à McAllen, au Texas. Les demandeurs d'asile avaient traversé le Rio Grande en canot depuis le Mexique et étaient détenus par des agents de la U.S. Border Patrol avant d'être envoyés dans un centre de traitement pour une éventuelle séparation. © John Moore/Getty Images
Un petite fille de deux ans, du Honduras, pleure pendant que sa mère est fouillée et détenue près de la frontière entre les États-Unis et le Mexique le 12 juin 2018 à McAllen, au Texas. Les demandeurs d'asile avaient traversé le Rio Grande en canot depuis le Mexique et étaient détenus par des agents de la U.S. Border Patrol avant d'être envoyés dans un centre de traitement pour une éventuelle séparation. © John Moore/Getty Images

États-Unis La séparation des enfants de leurs parents s'apparente à un acte de torture

18 juin 2018
Les images intolérables montrant des enfants arrachés à leurs parents et enfermés dans des cages, en application de la politique de tolérance zéro voulue par le ministre américain de la Justice, Jeff Sessions, terniront durablement la réputation des États-Unis.

«Cette politique est incroyablement cruelle. Des enfants terrorisés sont arrachés des bras de leurs parents et emmenés dans des centres de détention surpeuplés, où ils sont essentiellement placés dans des cages. Il s’agit clairement de torture. Les profondes souffrances psychologiques infligées intentionnellement par les autorités à ces familles à des fins coercitives relèvent de la torture, selon les définitions de celles-ci établies par le droit américain comme le droit international», a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

«Il ne fait aucun doute que la politique du gouvernement Trump [...] a pour objectif spécifique de causer des souffrances psychologiques intenses à ces familles [...]»Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International

«Il ne fait aucun doute que la politique du gouvernement Trump consistant à séparer des parents de leurs enfants a pour objectif spécifique de causer des souffrances psychologiques intenses à ces familles, dans le but de dissuader d’autres personnes d’essayer de se mettre en sécurité aux États-Unis. Un grand nombre de ces familles viennent de pays où la violence est généralisée et où de graves violations des droits humains sont monnaie courante, notamment le Honduras et le Salvador. Il s’agit d’une violation flagrante des droits fondamentaux de ces parents et de ces enfants, ainsi que d’une violation des obligations faites aux États-Unis en vertu du droit relatif aux réfugiés.»

Le 6 avril 2018, Jeff Sessions, le ministre de la Justice, a annoncé l’introduction d’une politique de tolérance zéro pour «les entrées illégales sur le territoire». Depuis l’entrée en vigueur de cette mesure, plus de 2000 enfants ont été séparés de leurs parents ou tuteurs légaux à la frontière américaine. Les droits des enfants sont bafoués de diverses manières: ils sont arrêtés, séparés de leurs parents ou tuteurs, et exposés à des situations traumatisantes injustifiées susceptibles de nuire à leur développement.

Des statistiques obtenues par les médias semblent indiquer que des milliers d’autres familles de migrants ont probablement été séparées par le gouvernement Trump avant même l’introduction de ces nouvelles consignes.

Amnesty International a récemment rencontré 17 demandeurs et demandeuses d’asile séparés de force de leurs enfants, et à l’exception de trois d’entre eux, ils étaient tous arrivés aux États-Unis légalement pour y demander l’asile.

«Ces pratiques cruelles et injustifiées sont infligées non seulement aux familles franchissant illégalement la frontière, mais également à celles qui demandent protection aux points d’entrée.»Erika Guevara-Rosas

«Les déclarations du gouvernement Trump sonnent creux. Ces pratiques cruelles et injustifiées sont infligées non seulement aux familles franchissant illégalement la frontière, mais également à celles qui demandent protection aux points d’entrée. La majorité de ces familles ont fui aux États-Unis dans l’espoir d’obtenir une protection internationale contre la persécution et les violences ciblées dans le Triangle du Nord, où leurs gouvernements ne veulent ou ne peuvent pas les protéger», a déclaré Erika Guevara-Rosas.

 

Kirstjen Nielsen, la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, a nié l’existence d’une politique de séparation des familles, mais une déclaration qu’elle a faite en janvier 2018 confirme que l’intention de prendre les familles pour cible était là dès le début: «Nous étudions divers moyens d’appliquer nos lois dans l’objectif de dissuader les parents d’amener leurs enfants ici.» Son prédécesseur, John Kelly, désormais chef de cabinet du président Trump, avait proposé ces mesures dès mars 2017 «afin de dissuader» les familles de migrants et de demandeurs d’asile de se rendre aux États-Unis.

«Ne vous y trompez pas, la crise des séparations familiales est entièrement attribuable au gouvernement. Le gouvernement des États-Unis joue avec la vie de ces familles en faisant de la politique au moyen de cette crise des réfugié·e·s qui ne cesse de s’aggraver. Comme nous l’avons vu avec de précédentes réformes introduites par ce gouvernement en matière d’immigration, les autorités ont choisi de s’en prendre à des familles cherchant à se mettre en sécurité aux États-Unis, ajoutant aux traumatismes et aux souffrances qu’elles ont déjà subis», a déclaré Erika Guevara-Rosas.

Amnesty International demande au gouvernement de mettre immédiatement fin à ces mesures injustifiées, dévastatrices et illégales de séparation forcée, et de réunir les familles déjà séparées le plus vite possible.