La violence par armes à feu est un réel problème aux Etats-Unis. Un précèdent rapport d'Amnesty paru en 2016 montrait que la violence armée était la première cause de mortalité chez les 15-34 ans. ©Roman Tiraspolsky / Shutterstock.com
La violence par armes à feu est un réel problème aux Etats-Unis. Un précèdent rapport d'Amnesty paru en 2016 montrait que la violence armée était la première cause de mortalité chez les 15-34 ans. ©Roman Tiraspolsky / Shutterstock.com

Etats-Unis Le long combat des victimes de violence par armes à feu

Communiqué de presse publié le 11 juillet 2019, Londres-Berne. Contact du service de presse
Les victimes de violence par arme à feu aux États-Unis vivent des années de traumatisme et de douleur en raison d’un ensemble destructeur de politiques gouvernementales qui ne tiennent pas compte de leurs besoins.

Décrivant la violence par arme à feu aux États-Unis comme une «crise des droits humains», le rapport intitulé Scars of Survival: Gun Violence and Barriers to Reparation in the USA souligne que, bien souvent, les victimes ne peuvent pas accéder à des soins et d’autres formes d’aide en raison des frais médicaux faramineux et d’un excès de bureaucratie. Il appelle les autorités américaines à mettre en place les mécanismes nécessaires pour que les victimes de violence par arme à feu bénéficient de réparations pleines et entières.

«La plupart des personnes que nous avons interrogées nous ont dit que leurs blessures par balles n’avaient été que le début de leur cauchemar. Les victimes ont décrit comment elles continuent de devoir lutter malgré leur statut de victimes contre la criminalité, et sont souvent confrontées à des coûts prohibitifs afin de traiter leurs douleurs chroniques ou d’obtenir de l’aide pour s’adapter à leur handicap», a déclaré Sanhita Ambast, chercheuse dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels à Amnesty International.

«Les coûts élevés, la paperasserie et les programmes d’indemnisation inadaptés sont autant d’obstacles à l’accès à des soins et un soutien de qualité après le traumatisme d’une fusillade. Les autorités américaines doivent combattre la violence par arme à feu et veiller à ce que les victimes bénéficient de l’aide nécessaire pour faire face aux préjudices qu’elles subissent et reconstruire leur vie. La violence par arme à feu à grande échelle n’étant pas traitée comme il se doit, il est d’autant plus indispensable d’apporter une aide aux victimes.»

Coûts et réparations

Les autorités américaines ne fournissent pas aux victimes de blessures par balle les soins médicaux de longue durée, les services de soutien et de réadaptation et l’indemnisation qui sont essentiels pour que le gouvernement remplisse ses obligations de réparations pleines et entières. Amnesty International a déjà souligné que le gouvernement américain manquait à ses obligations en matière de droits humains en ne réglementant pas suffisamment l’achat, la détention et l’utilisation d’armes à feu par les acteurs privés.

Étant donné qu’il n’existe aucun programme ciblé pour répondre aux besoins de réadaptation des victimes de blessures par balle, celles-ci doivent passer par le système de santé général pour obtenir une assistance médicale et psychologique. Cette situation crée de nombreux obstacles économiques et bureaucratiques, rendus encore plus importants suite au traumatisme et à la douleur physique.

Cas emblématiques

Megan Hobson avait 16 ans lorsqu’elle s’est retrouvée prise entre des tirs croisés à Miami en 2012. Les soins d’urgence lui ont sauvé la vie, mais elle continue de souffrir de problèmes de santé, notamment de difficultés pour marcher ainsi que de complications liées à des fragments de balle dans son utérus, et elle a encore besoin de soins psychiatriques et de soutien psychologique. Megan a indiqué à Amnesty International qu’elle était toujours endettée à cause des frais médicaux.

Jamie Williford a reçu une balle dans le dos quand elle avait 16 ans, en 2009. Elle est depuis paralysée et a toujours de lourds besoins médicaux. Bien qu’elle bénéficie de Medicaid, un programme gouvernemental fournissant une couverture santé à certaines personnes ayant de faibles revenus, elle est confrontée à d’importantes difficultés administratives dans l’accès aux soins, notamment pour trouver des professionnels qui acceptent son assurance.

Après avoir été blessée, elle a été placée dans un établissement de santé destiné aux adultes, sans accès à des soins de santé mentale et des formations adaptées à une personne de son âge et découvrant l’utilisation d’un fauteuil roulant. Depuis ses 18 ans, elle vit principalement dans des hébergements partagés, mais elle n’a pas réussi à avoir un logement permanent adapté à ses besoins.

Amnesty International a mis en avant le cas de Jamie pour illustrer la façon dont les victimes de violence par arme à feu subissent les conséquences de nombreuses politiques défaillantes – difficultés d’accès aux soins, manque de logements abordables et soutien insuffisant pour les personnes handicapées.

Obstacles administratifs

Presque toutes les victimes de blessures par balle interrogées par Amnesty International ont cité la bureaucratie et la paperasserie comme l’un des principaux obstacles à l’accès aux soins médicaux de longue durée. Cette situation est particulièrement difficile pour les victimes qui vivent dans un environnement instable ou qui ne sont pas habituées à utiliser un système de santé fragmenté et complexe. Elles doivent souvent tenter simultanément de surmonter des changements concernant leur état de santé, leur vie de famille et leur emploi ou leurs perspectives d’emploi.

Les demandes d’indemnisation des victimes nécessitent également de fournir de multiples informations et documents, qui peuvent être difficiles à se procurer surtout lorsque les personnes se remettent de blessures graves ou invalidantes. En 2017, le motif le plus fréquent de refus ou de clôture d’une demande d’indemnisation aux États-Unis était les informations incomplètes. La méconnaissance des droits et les conditions d’éligibilité très strictes constituaient également des obstacles à l’indemnisation.

Recommandations

Amnesty International appelle les autorités fédérales et celles de chaque État américain à faire le nécessaire pour que les victimes de violence par arme à feu aient accès aux soins et au soutien dont elles ont besoin, et pour qu’elles soient pleinement informées de toutes les prestations auxquelles elles ont droit. L’organisation demande également aux autorités de s’assurer que toutes les victimes de violence par arme à feu obtiennent des réparations pleines et entières, notamment une indemnisation pour les préjudices subis.

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