Des manifestants brandissent un drapeau vénézuélien lors d'une manifestation contre la politique de Nicolás Maduro. © Roman Camacho/SOPA/LightRocket/Getty
Des manifestants brandissent un drapeau vénézuélien lors d'une manifestation contre la politique de Nicolás Maduro. © Roman Camacho/SOPA/LightRocket/Getty

Crise des droits humains au Venezuela Les 10 choses qu’il faut savoir

28 février 2019
La crise des droits humains qui frappe le Venezuela depuis quelques années a détruit la vie de millions de personnes. L'essentiel de cette crise en 10 points.
  1. Usage excessif de la force

Une grande partie des troubles actuels au Venezuela remonte au 29 mars 2017, date à laquelle la Cour suprême de justice - soutenue par le président Nicolás Maduro - a pris le contrôle de l'Assemblée nationale où l'opposition détenait la majorité. Cela a déclenché des protestations qui ont été réprimées par le gouvernement Maduro, qui a fait un usage illégal et disproportionné de la force. Entre avril et juillet 2017, plus de 120 personnes ont été tuées, environ 1’950 ont été blessées et plus de 5’000 ont été arrêtées dans le cadre de manifestations de masse.

  1. Protestations de masse

Selon l'Observatoire vénézuélien du conflit social, plus de 12’700 manifestations ont eu lieu en 2018 dans tout le pays. Celles-ci se sont poursuivies en 2019 après que le président de l'Assemblée nationale Juan Guaidó ait appelé à des manifestations massives contre Maduro.

Le rapport d'Amnesty International intitulé «Nuits de terreur» a révélé comment les forces de sécurité vénézuéliennes et les groupes armés civils, parrainés par le gouvernement, ont pénétré par effraction dans les domiciles de civils pour les dissuader de participer à des manifestations ou de manifester toute autre forme de protestation.

  1. Escalade de la répression

Les autorités ont poursuivi une politique de répression systématique tout au long de la crise, mais de récentes tendances donnent à penser que celle-ci se renforce encore.

Dans un rapport intitulé «Ce n'est pas une façon de vivre», Amnesty a mis en lumière la manière dont les forces de sécurité – soutenues par l'État – utilisent la force meurtrière dans l'intention d’éliminer les personnes les plus vulnérables et socialement exclues du pays sous prétexte de «combattre la criminalité».

De nombreuses violations des droits humains ont été signalées au début de 2019, en particulier dans les régions pauvres, plus durement touchées par la crise et où les groupes armés pro-Maduro sont particulièrement présents. Selon les organisations de la société civile vénézuélienne, 41 personnes sont mortes lors des manifestations de cette année.

  1. Enfants détenus

L'État a utilisé le système judiciaire pour harceler illégalement ceux qui ne partagent pas ses opinions. Selon l'organisation vénézuélienne Foro Penal, 988 personnes ont été détenues arbitrairement entre le 21 et le 31 janvier 2019. Parmi les personnes arrêtées figuraient 137 enfants et adolescents, dont 10 sont toujours en détention. Il y a également eu des allégations de torture et d'autres mauvais traitements infligés à des détenus. Foro Penal estime à près de 950 le nombre de personnes actuellement détenues pour des raisons politiques.

  1. Des civils devant la justice militaire

Les manifestants arrêtés, tous civils, ont souvent été jugés par des tribunaux militaires, ce qui est contraire au droit international. Les personnes poursuivies ont eu à faire face à des chefs d’accusation spécifiquement destinée aux militaires tels que «association avec intention d'inciter à la rébellion» et «attaque d'une sentinelle». Il s’agit là d’une nouvelle preuve de la détermination des autorités à vouloir museler les voix dissidentes.

  1. Trois millions de réfugiés et de migrants

Selon des chiffres publiés par les Nations unies, on estime à plus de trois millions le nombre de personnes qui ont fui le Venezuela depuis 2015, soit l'équivalent de 10% de la population. La majorité d'entre elles ont cherché refuge au Brésil, au Chili, en Colombie, en Équateur et au Pérou. La plupart ont désigné le déni de leurs droits à la santé et à l'alimentation comme principale raison de leur départ. En d'autres termes, les Vénézuéliens fuient pour sauver leur vie.

Amnesty International a exhorté les gouvernements de toute l'Amérique latine et des Caraïbes à garantir aux personnes quittant le Venezuela un accès aux procédures d'asile dans leur pays.

  1. La liberté d’expression bafouée

De nombreux rapports font état de violations du droit à la liberté d'expression, y compris par la détention arbitraire et par l'expulsion du pays d'au moins 19 professionnels des médias, tant nationaux que non nationaux. En janvier 2019, au moins 11 journalistes ont été détenus en une seule semaine.

  1. Débâcle économique

Selon l'Assemblée nationale, l'inflation au Venezuela a atteint le chiffre stupéfiant de 16’984’882% en 2018. Le Fonds monétaire international (FMI) estime qu'en 2019, le taux d'inflation annuel atteindra 10 000 000 000 %. Pendant ce temps, le salaire minimum officiel au Venezuela est de 6 dollars par mois et il correspond au revenu d'une grande partie de la population. Le résultat inévitable de cette débâcle est que beaucoup de gens n'ont plus les moyens d'acheter des produits de base.

Les pénuries de produits de première nécessité tels que la nourriture et les médicaments ont laissé des millions de Vénézuéliens confrontés à des conditions de vie alarmantes et qui se péjorent de jour en jour. Les mesures adoptées par les autorités ont porté atteinte aux salaires et aux droits des travailleurs. Les grands progrès réalisés en matière de droits économiques et sociaux par les autorités jusqu’en 2013 sont maintenant loin derrière et la tendance s'est nettement inversée ces dernières années.

  1. Le gouvernement dans le déni

Nicolás Maduro a nié à plusieurs reprises que le pays traverse une crise des droits humains. Plus dommageable encore, il a refusé de reconnaître les pénuries de nourriture et de médicaments. Les quelques statistiques publiques officielles sur le bien-être de la population sont contredites par les rapports d'organismes indépendants.

Les autorités ont nié ces pénuries, et ont dès lors refusé l'aide humanitaire internationale qui leur a été proposée à plusieurs reprises. Cela a eu un impact catastrophique, en particulier sur les plus vulnérables.

  1. Les conséquences des sanctions américaines

Le 28 janvier, le gouvernement américain a annoncé de nouvelles mesures qui empêchent la compagnie pétrolière vénézuélienne d'exporter du pétrole brut aux États-Unis tout en empêchant les fournisseurs américains de vendre les produits dont le Venezuela a besoin pour transformer son pétrole brut lourd. Étant donné que l'économie vénézuélienne est fortement dépendante des exportations de pétrole et que les États-Unis sont l'un des principaux partenaires commerciaux du Venezuela, ces mesures risquent de rendre la vie encore plus difficile aux personnes vivant dans le pays.