Yorm Bopha lors d'une manifestation à Phnom Penh © Jenny Holligan
Yorm Bopha lors d'une manifestation à Phnom Penh © Jenny Holligan

Cambodge Une militante des droits humains libérée

6 décembre 2013
Rupert Abbott, chercheur d’Amnesty International pour le Cambodge, relate la libération récente de Yorm Bopha, prisonnière d’opinion remise en liberté sous caution. Cette figure du militantisme est l'un des cas emblématiques de l'édition 2013 du marathon des lettres d'Amnesty. L'auteur transmet son message de remerciement aux membres d’Amnesty International et dit qu’il faut continuer d’exercer des pressions sur les autorités pour qu’elles abandonnent toutes les charges retenues contre Yorm Bopha.

Quand je suis arrivé à la Cour suprême du Cambodge, dans la matinée du 22 novembre 2013, des centaines de personnes étaient déjà rassemblées à l’extérieur du bâtiment. Comme moi, elles étaient venues pour soutenir Yorm Bopha, militante du droit au logement et prisonnière d’opinion, qui devait comparaître devant un collège de cinq juges pour sa procédure d’appel.

Yorm Bopha a 30 ans, elle a un enfant. Elle défend ardemment sa communauté, près de l’ancienne zone du lac Boeung Kak (Phnom Penh), où des milliers de personnes ont été expulsées de force depuis 2007.

Tambours et chants

L’audience a commencé en retard. À l’extérieur, le son des tambours et des chants des partisans de Yorm Bopha (près de 400 personnes parfois, dont des moines, des membres de la communauté et d’autres militants) pouvait être clairement entendu dans la salle d’audience, remplie d’observateurs d’ONG locales, de membres de la communauté diplomatique, des Nations unies et des médias.

L’audience a duré environ deux heures, puis les juges ont estimé qu’il fallait établir un verdict. Après quelque 30 minutes, ils sont revenus et ont annoncé leur décision : l’affaire serait renvoyée devant la Cour d’appel pour un nouveau procès et Yorm Bopha serait libérée sous caution.

Yorm Bopha a été déçue. Pour elle, la seule solution équitable était un acquittement.

Elle avait été arrêtée en septembre 2012 et condamnée au mois de décembre à une peine d’emprisonnement de trois ans et à une lourde amende. Elle a été accusée de planifier une attaque contre deux hommes, et reconnue coupable de « violence volontaire avec circonstances aggravantes » malgré l’absence de preuves contre elle et de témoignages contradictoires.

Amnesty International et d’autres organisations ont estimé que les accusations portées contre elle étaient fallacieuses, et que Yorm Bopha avait été prise pour cible en raison de son militantisme. Pourtant, et malgré le manque de preuves, en juin 2013, la Cour d’appel du Cambodge a confirmé sa condamnation à un an d’emprisonnement (trois avec sursis). L’audience de la Cour suprême était sa dernière chance pour obtenir la justice.

Célébrer l’événement avec la famille et les amis

J’ai donné le point de vue d’Amnesty International aux journalistes de la presse locale et internationale. J’étais heureux qu’elle soit libérée, mais déçu que sa libération ne soit pas inconditionnelle et que l’affaire ne soit pas terminée.

Elle a ensuite été ramenée à sa prison. Une centaine de personnes l’ont escortée, et ont patienté afin de saluer sa sortie de prison. Ils ont attendu sous la pluie jusqu’à 17h45. Finalement Yorm Bopha est sortie de la prison. Elle a embrassé les membres de sa famille.

Elle a déclaré aux journalistes qu’elle était déçue que les accusations portées contre elle n’aient pas été abandonnées, puis à rejoint ses sympathisants sous une pluie torrentielle, à Boeung Kak.

Yorm Bopha recommencé à militer pour les droits humains. Le 23 novembre, elle a rejoint des militants qui s’efforçaient de protéger des habitants menacés d’expulsion. Elle a participé à d’autres manifestations depuis, et se rallie à différentes marches en préparation de la Journée internationale des droits de l’homme, le 10 décembre .

Des remerciements…

Yorm Bopha a déclaré: «Merci à Amnesty International ! Vous avez contribué à ma libération ! Mais je ne suis pas encore sortie de cette affaire. Continuez à demander au gouvernement du Cambodge d’abandonner ses poursuites. Et continuez à me soutenir et à soutenir ma communauté et d’autres personnes au Cambodge ! C’est en travaillant tous ensemble que nous aurons les meilleurs résultats!»

Il semble que la campagne des habitants de Boeung Kak, jour après jour, ait abouti à la libération, temporaire, de Yorm Bopha. Les autorités cambodgiennes ont dû écouter un appel à la justice, en particulier lorsque des militants étrangers, y compris les membres d’Amnesty International, se sont joints à cet appel.

Maintenant, il faut que Yorm Bopha soit acquittée de toutes les accusations portées contre elle. Sa libération doit être inconditionnelle face à son nouveau procès à la Cour d’appel (sans date précise). Ainsi, Yorm Bopha sera sûre de ne plus retourner en prison.

Merci pour vos actions. Il faut persister. Dites aux autorités cambodgiennes d’abandonner toutes les accusations contre Yorm Bopha et de la libérer sans condition!