Chine Un photographe porté disparu depuis mai dernier

17 juin 2013
Le sort d‘un photographe et journaliste chinois bien connu inquiète ses proches et Amnesty International. Depuis son arrestation à domicile à la fin du mois de mai, on reste sans nouvelle de cet homme qui a souvent pointé du doigt le gouvernement chinois.

Du Bin, photographe et réalisateur de documentaires, a souvent la torture et les mauvais traitements infligés aux personnes envoyées dans les camps de rééducation par le travail en Chine. Il collabore également en tant que photographe indépendant pour The New York Times et a un livre intitulé Tiananmen Massacre, sur la répression des manifestations à Pékin en juin 1989.

«Les autorités chinoises ont pris Du Bin pour cible en raison de son travail courageux, a indiqué Catherine Baber, directrice du programme Asie d’Amnesty International. In n’a pas pu avoir de contacts avec sa famille ni avec son avocat – ce qui l’expose davantage encore à des violations des droits humains, notamment à la torture et aux mauvais traitements», a estimé Catherine Baber.

Amnesty International a appris que dans la soirée du 31 mai 2013, 10 agents des services de la sécurité nationale, en civil, sont arrivés au domicile de Du Bin à Pékin et l’ont arrêté, saisissant son ordinateur et des livres. On est sans nouvelles de lui depuis cette date et les autorités n’ont pas fourni de mandat d’arrêt officiel. Elles sont normalement tenues d’informer les membres de la famille rapidement lorsqu’une personne est interpellée.

Le camp Masanjia

Les autorités chinoises n’auraient pas du tout apprécié le documentaire récent de Du Bin, intitulé Above the Ghosts’ Heads: The Women of Masanjia Labour Camp, qui dénonce la torture et les atteintes aux droits humains pratiquées dans ce camp.

Masanjia, situé dans la province du Liaoning, dans le nord-est du pays, est un camp très étendu de rééducation par le travail, qui accueillerait des milliers d’hommes et de femmes. Ils y sont détenus sans inculpation ni jugement, parfois pendant quatre années. Le documentaire de Du Bin, d’une durée d’une heure, projeté au moins une fois à Hong Kong et posté en ligne début mai, présente le témoignage de femmes détenues à Masanjia, qui parlent de la torture pratiquée dans l’enceinte du camp.

La sortie de ce documentaire s’inscrit dans la foulée d’un autre témoignage choquant publié en avril en Chine, dans le Lens Magazine; une ancienne détenue du camp de Masanjia a dépeint avec force détails la torture quasi-quotidienne infligée à de nombreux prisonniers. Cet article incluait une longue liste de méthodes de torture employées par les autorités du camp – les prisonniers sont notamment frappés au visage à l’aide d’aiguillons électriques, pendus par les bras, entravés pendant des heures à des chaises ou des lits dans des positions douloureuses.

«Un nombre croissant d’informations se font jour sur les dizaines de milliers de prisonniers enfermés dans des camps de rééducation par le travail, comme celui de Masanjia, où ils risquent constamment d’être torturés et maltraités, a conclu Catherine Baber. Comme nous commençons à le voir, les censeurs de l’État ne peuvent pas dissimuler la vérité indéfiniment et les autorités chinoises doivent recentrer leurs efforts sur l’abolition de ce système de rééducation par le travail, à la fois illégal et inhumain.»

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