L'écrivain et universitaire ouïghour Ilham Tohti a été condamné à perpétuité pour «séparatisme» par un tribunal chinois. © FREDERIC J. BROWN/AFP/Getty Images
L'écrivain et universitaire ouïghour Ilham Tohti a été condamné à perpétuité pour «séparatisme» par un tribunal chinois. © FREDERIC J. BROWN/AFP/Getty Images

Chine Un universitaire ouïghour condamné à la détention à perpétuité

24 septembre 2014
La condamnation à la détention à perpétuité prononcée par un tribunal chinois à l’encontre de l’universitaire ouïghour Ilham Tohti pour «séparatisme» est un affront fait à la justice, a déclaré Amnesty International.

«Ce jugement déplorable ne se fonde sur aucune réalité. Ilham Tohti œuvrait sans violence à tisser des liens entre les communautés ethniques et c’est pour cette raison que les autorités l’ont condamné en utilisant des charges à caractère politique», a déclaré William Nee, chercheur sur la Chine à Amnesty International.

«Ilham Tohti est un prisonnier d’opinion et les autorités chinoises doivent le libérer immédiatement et sans condition.»

Au travers de son travail en tant qu’universitaire et écrivain, Ilham Tohti cherche à favoriser une compréhension mutuelle entre Ouïghours et Hans dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, sur fond de tensions ethniques croissantes. Fondateur du site Uighur Online, il critique vertement les politiques que mène l’État chinois dans le Xinjiang.

La police l’a arrêté en janvier 2014, ainsi que sept étudiants ouïghours. Il a été torturé en détention, privé de nourriture pendant 10 jours et entravé pendant plus de 20 jours. Son procès a été marqué par une série de lacunes d’ordre juridique. Ses avocats n’ont pas eu accès aux éléments de preuve l’incriminant et n’ont pas pu le rencontrer pendant six mois. L’un d’entre eux a été contraint de renoncer à le défendre sous la pression politique.

Les sept étudiants ouïghours sont également inculpés de «séparatisme». On ignore quand auront lieu leurs procès et s’ils bénéficient d’une assistance juridique. «Ces inculpations pénales tournent en dérision les appels du président chinois Xi Jinping à une plus grande compréhension et solidarité entre les communautés ouïghoure et han. Au lieu de s’en prendre à des militants pacifiques comme Ilham Tohti, les autorités doivent mettre fin à la discrimination systémique et à la destruction que subit la communauté ouïghoure, a déclaré William Nee. Il est consternant que sept jeunes Ouïghours soient victimes de la volonté des autorités chinoises de persécuter Ilham Tohti. Cette situation illustre bien l’ordre de priorité qu’elles se sont fixées, à savoir "la stabilité avant tout" – avant la justice et l’état de droit.»

 


 

Complément d’information

Les Ouïghours sont confrontés à une discrimination généralisée dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, du logement et de la liberté religieuse, et subissent une marginalisation politique.

Les autorités font monter d’un cran les restrictions concernant le port de signes liés à l’islam en public: il est interdit de porter la barbe longue, tout comme le voile, le hijab et des T-shirts arborant le croissant de lune et l’étoile islamique.

Pendant le mois du Ramadan, plusieurs sites du gouvernement dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang ont exercé une très forte pression sur les étudiants, en interdisant le jeûne et en insistant pour que tous les membres du Parti communiste et les employés gouvernementaux adhèrent à l’athéisme.

La condamnation d’Ilham Tohti intervient alors que la région a connu une vague d’attaques violentes et qu’il est interdit d’y manifester. L’un des incidents les plus violents s’est déroulé le 28 juillet : selon les médias officiels, 37 civils ont été tués lorsqu’une « foule brandissant des couteaux » a pris d’assaut les bureaux du gouvernement dans la ville de Shache. Les forces de sécurité auraient abattu 59 attaquants durant cette émeute.

Des organisations ouïghoures contestent ces chiffres, affirmant que 2 000 Ouïghours ont été tués, la police ayant ouvert le feu sur des centaines de personnes qui protestaient contre les sévères restrictions imposées aux musulmans durant le Ramadan.

Au mois de mai, les autorités ont lancé une campagne sévère de lutte contre le terrorisme, qui se traduit par des arrestations massives. Des centaines de personnes, pour la plupart des Ouïghours, sont interpellées et incarcérées à l’issue de procès iniques.

Cette campagne a démarré au lendemain d’une série d’attentats dont les victimes sont majoritairement des Hans. Trois sont morts et 79 ont été blessés dans un attentat à la bombe et une attaque au couteau dans une gare d’Urumqi, capitale de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, le 1er mai. Quelques semaines plus tard, des bombes étaient lancées depuis des voitures sur le marché très fréquenté de la ville, faisant 39 morts et 94 blessés parmi les passants.