Le père de Bota Kussaiyn d’origine kazakhe était retourné en Chine fin 2017 pour suivre un traitement médical, la jeune femme a ensuite appris que son père avait été envoyé dans un «camp de rééducation». © AI
Le père de Bota Kussaiyn d’origine kazakhe était retourné en Chine fin 2017 pour suivre un traitement médical, la jeune femme a ensuite appris que son père avait été envoyé dans un «camp de rééducation». © AI

Chine Près d'un million de personnes détenues dans le cadre d'une «rééducation» de masse

Communiqué de presse publié le 24 septembre 2018, Hong Kong/Genève. Contact du service de presse
La Chine doit mettre fin à sa campagne de répression systématique et faire la lumière sur le sort de près d'un million de personnes, majoritairement musulmanes, détenues arbitrairement dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (XUAR).

Au cours de l'année écoulée, le gouvernement chinois a intensifié sa campagne d'internement massif, de surveillance intrusive, d'endoctrinement politique et d'assimilation culturelle forcée contre les Ouïghours, les Kazakhs et d'autres groupes ethniques majoritairement musulmans de la région du Xinjiang. La plupart des familles des détenus ont été tenues dans l'ignorance du sort de leurs proches et sont souvent trop effrayées pour s'exprimer.

«Le gouvernement chinois ne doit pas être autorisé à poursuivre cette campagne de répression contre les minorités ethniques dans le nord-ouest de la Chine. Les gouvernements du monde entier doivent demander des comptes aux autorités chinoises pour le cauchemar qui se déroule au XUAR», a déclaré Nicholas Bequelin, directeur du programme Asie orientale d'Amnesty International.

Dans un nouveau rapport intitulé : Chine : Où sont-ils ? Il est temps de faire la lumière les détentions massives dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, Amnesty International met en évidence l'angoisse des personnes qui ont perdu le contact avec leurs parents et leurs amis et leur crainte qu’ils soient détenus. Amnesty International a interrogé plus de 100 personnes hors de Chine dont des parents sont portés disparus au XUAR, ainsi que d’autres qui ont été torturées dans des camps de détention.

Détentions en masse

L'internement des groupes ethniques à prédominance musulmane au sein de la XUAR s'est intensifié depuis mars 2017, date à laquelle un règlement sur la «dé-extrêmification» a été adopté dans la région. Les démonstrations publiques ou même privées d'affiliation religieuse et culturelle, y compris le port d'une barbe «anormale», le port d'un voile ou d'un foulard, la prière régulière, le jeûne ou l’abstinence vis à vis de l'alcool, la possession de livres ou d'articles sur l'Islam ou la culture ouïghoure peuvent être considérés comme «extrémistes» en vertu de ce règlement.

Les voyages à l'étranger dans le cadre du travail ou à but éducatif, en particulier dans les pays à majorité musulmane, de même que les contacts avec des personnes en dehors de la Chine constituent également des raisons majeures de suspicion. Hommes, femmes, jeunes, personnes âgées, citadins et habitants des zones rurales tous risquent d'être placés en détention.

Les contrôles de sécurité omniprésents font désormais partie de la vie quotidienne de tous les habitants du XUAR et fournissent aux autorités chinoises autant d’opportunité de rechercher des contenus suspects sur les téléphones mobiles ou de vérifier l'identité des personnes à l'aide de logiciels de reconnaissance faciale.

«Transformation par l'éducation»

Les autorités qualifient les camps de centres de «transformation par l'éducation», mais beaucoup les appellent simplement «camps de rééducation». Les personnes qui y sont envoyées ne sont pas jugées, n'ont pas accès à un avocat et n'ont pas le droit de contester la décision. Les individus restent en détention pendant de longs mois, puisque ce sont les autorités qui décident à quel moment un individu a été «rééduqué».

«Les camps de détention de masse sont des lieux où sont pratiqués lavage de cerveau, torture et punition» - Nicholas Bequelin, directeur du programme Asie orientale d'Amnesty International.

Des familles déchirées

Pendant des mois, les proches des disparus ont fait le poing dans leur poche. Ils espéraient que l’absence de contact avec leurs proches au pays serait temporaire et craignaient d’envenimer la situation en cherchant de l'aide à l’extérieur. Maintenant qu'aucune issue n'est en vue à leur détresse, ils sont de plus en plus à être prêts à s'exprimer.

Bota Kussaiyn, une étudiante d’origine kazakhe qui étudie à l'Université d'Etat de Moscou, s'est entretenue pour la dernière fois avec son père, Kussaiyn Sagymbai, sur WeChat en novembre 2017. Originaires du XUAR, leur famille s'était réinstallée au Kazakhstan en 2013.

Le père de Bota était retourné en Chine fin 2017 pour suivre un traitement médical, mais les autorités ont confisqué son passeport après son arrivée au XUAR. Bota a appris ensuite par des parents que son père avait été envoyé dans un «camp de rééducation».

Ses proches dans le XUAR craignaient tellement qu'un contact ultérieur ne les rendent suspects aux yeux des autorités qu'ils ont depuis cessé de communiquer avec elle. Bota l'a dit à Amnesty : «Mon père est un citoyen ordinaire. Nous étions une famille heureuse avant son arrestation. Nous avons ri ensemble, maintenant c’est fini et on ne peut plus dormir la nuit. Nous vivons dans la peur tous les jours. Cela a fait beaucoup de mal à ma mère. Nous ne savons pas où il est, ni même s'il est encore en vie. Je veux revoir mon père».

«La campagne systématique de répression des autorités chinoises a des conséquences dévastatrices sur la vie de millions de personnes.» - Nicholas Bequelin, directeur du programme Asie orientale d'Amnesty International.

De nombreux parents et amis à l'étranger font part de leur sentiment de culpabilité lié au fait que ce sont précisément les liens à l'étranger qui, dans de nombreux cas, sont à l'origine de soupçons à l’encontre de leurs proches restés au XUAR. Les autorités les accusent d’être liés avec des groupes à l’étranger qui, aux dires du gouvernement chinois, propagent des opinions religieuses «extrémistes» ou fomentent des «activités terroristes».

Pour éviter de susciter les soupçons, les Ouïghours, les Kazakhs et d'autres personnes à l'intérieur du XUAR auraient coupé tout lien avec leurs amis et leur famille vivant hors de Chine. Ils demandent à leurs connaissances de ne pas appeler et ils suppriment les contacts étrangers des applications de médias sociaux. Dans l’impossibilité d'obtenir des informations fiables en provenance de leur pays d'origine, beaucoup de personnes vivant à l'étranger craignent le pire.

Espionnage

Aux pressions exercées sur ceux qui vivent à l'étranger s'ajoutent les pressions parfois agressives exercées par les agents de sécurité chinois pour recruter des espions dans les communautés d'outre-mer. Les personnes visées sont menacées de détention en cas de refus de coopérer, les membres de leur famille qui sont de retour au XUAR sont détenus. S'ils coopèrent, par contre, on leur promet de traiter leurs proches avec indulgence.

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