Ekpar Asat, entrepreneur et philanthrope ouïghour, a disparu en avril 2016 après être rentré au Xinjiang. © Private
Ekpar Asat, entrepreneur et philanthrope ouïghour, a disparu en avril 2016 après être rentré au Xinjiang. © Private

Action lettres Chine Premier contact avec un ouïghour détenu depuis plusieurs années

17 mars 2021
Pour la première fois depuis sa disparition en avril 2016, l’homme d’affaires ouïghour Ekpar Asat a pu communiquer avec des membres de sa famille. Amnesty International est gravement inquiète pour la santé et le bien-être de cet homme, déclaré coupable d’«incitation à la haine et à la discrimination ethniques» et condamné à 15 ans d’emprisonnement sans procès connu.

Ekpar Asat est un homme d’affaires ouïghour qui vient en aide à des personnes âgées et des enfants porteurs de handicap. Il a créé une application très appréciée sur les réseaux sociaux, dans laquelle apparaissaient des contenus relatifs à l’actualité et à la culture. Il a disparu en avril 2016 et a par la suite été déclaré coupable d’«incitation à la haine et à la discrimination ethniques» et condamné à 15 ans d’emprisonnement sans procès connu. Ce n’est que par le biais de communications entre les autorités chinoises et quelques sénateurs américains en décembre 2019 et janvier 2020 que sa sœur a appris sa condamnation. 

Ekpar Asat est actuellement détenu dans une prison de la préfecture d’Aksu, au Xinjiang. Pour la première fois depuis 2016, Ekpar Asat a enfin pu communiquer avec sa famille. Au cours d’un bref appel vidéo qui a duré trois minutes, fin janvier 2021, il a indiqué à ses proches que son état de santé se dégradait physiquement et mentalement. Sa famille a confirmé qu’il avait perdu beaucoup de poids et avait le teint pâle, avec de nombreuses taches noires sur le visage.

Écrivez une lettre pour demander la libération d’Ekpar Asat.

Complément d'information

Le Xinjiang est l’une des régions chinoises dont la population est la plus diversifiée sur le plan ethnique. Plus de la moitié de ses 22 millions d’habitant·e·s appartiennent à des groupes ethniques principalement d’origine turque et majoritairement musulmans, parmi lesquels les Ouïghours (environ 11,3 millions de personnes), les Kazakhs (environ 1,6 million) et d’autres populations dont les langues, les cultures et les modes de vie sont très différents de ceux des Hans, qui sont majoritaires en Chine «intérieure».

Les médias ont témoigné de l’ampleur et de la sévérité des nouvelles mesures en matière de sécurité mises en œuvre depuis l’arrivée au pouvoir, en 2016, de Chen Quanguo, le nouveau secrétaire du parti dans la province du Xinjiang. En octobre 2016, ils ont relayé de nombreuses informations faisant état de la confiscation de passeports de Ouïghours par les autorités de la région dans le but d’entraver davantage encore leur droit de circuler librement. En mars 2017, les autorités du Xinjiang ont adopté le «Règlement de lutte contre l’extrémisme», qui définit et interdit un large éventail de comportements qualifiés d’«extrémistes», tels que la «diffusion de pensées extrémistes», le fait de critiquer ou de refuser d’écouter ou de regarder des émissions de la radio et de la télévision publiques, le port de la burqa, le port d’une barbe «anormale», le fait de s’opposer aux politiques nationales, et la publication, le téléchargement, le stockage et la lecture d’articles, de publications ou de matériel audiovisuel présentant un «contenu extrémiste». Cette réglementation a en outre instauré un «système de responsabilisation» destiné aux cadres du gouvernement pour les activités de «lutte contre l’extrémisme», et mis en place une évaluation annuelle de leurs performances.

On estime que jusqu’à un million de Ouïghours, de Kazakhs et d’autres membres d’ethnies à majorité musulmane sont détenus dans des centres de «transformation par l’éducation». Les autorités chinoises ont nié l’existence de ces lieux jusqu’en octobre 2018, et ont ensuite affirmé qu’il s’agissait de centres de «formation professionnelle» gratuite et volontaire. Selon elles, l’objectif de cette formation est de dispenser un enseignement technique et professionnel pour permettre à ces personnes de trouver un emploi et de devenir des citoyens «utiles». Les explications de la Chine, cependant, contredisent les informations recueillies auprès d’ancien·ne·s détenu·e·s faisant état de coups, de privation de nourriture et de détention à l’isolement.

La Chine a rejeté les demandes de la communauté internationale, y compris d’Amnesty International, l’appelant à autoriser des experts indépendants à se rendre librement dans la région du Xinjiang. En revanche, elle a multiplié les efforts pour faire taire les critiques en invitant des délégations de divers pays à se rendre au Xinjiang pour des visites soigneusement orchestrées et surveillées de près.

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