Une pétition demandant la fin de l’exploitation des employés domestiques migrants, munie de 100 000 signatures, a été remise aux autorités de Hong Kong. © Amnesty International
Une pétition demandant la fin de l’exploitation des employés domestiques migrants, munie de 100 000 signatures, a été remise aux autorités de Hong Kong. © Amnesty International

Hong Kong Mettre fin à l'exploitation des employées domestiques

10 février 2015
Le jugement de culpabilité prononcé contre une employeuse de Hong Kong pour les sévices infligés à deux employées de maison étrangères doit amener les autorités à réagir pour mettre fin à l'exploitation généralisée de plusieurs dizaines de milliers de femmes, a déclaré Amnesty International.

Law Wan-tung a été reconnue coupable de plusieurs chefs de violences contre Erwiana Sulistyaningsih et Tutik Lestari Ningsih, toutes les deux d'origine indonésienne. Les deux autres chefs dont elle était accusée, violences et menaces à l'égard d'une autre Indonésienne, Nurhasanah, n'ont pas été retenus. Law Wan-tung devrait être condamnée le 27 février ; elle encourt une longue peine d'emprisonnement.

Femmes prisonnières de la violence et de l'exploitation

«Ce verdict de culpabilité est une condamnation accablante de l'inaction des autorités, qui n'ont pas pris les mesures qui s'imposaient pour refondre un système où des femmes se retrouvent prises au piège de la violence et de l'exploitation, a expliqué Norma Kang Muico, spécialiste des droits des migrants dans la région Asie-Pacifique à Amnesty International.

«Les autorités de Hong Kong ne peuvent plus suivre une politique de l'autruche et considérer ces sévices comme des faits isolés. L'adoption de mesures concrètes pour abroger les lois et les réglementations qui favorisent de telles pratiques n'a que trop tardé.»

Battue, menacée et privée de nourriture

Lors du procès, Erwiana a raconté qu'elle avait souvent été battue, menacée, enfermée et privée de nourriture par son ancienne employeuse pendant les huit mois qu'elle avait passés à son service. Erwiana a également indiqué que celle-ci lui avait confisqué son passeport, ne lui avait pas versé ses salaires, ni accordé aucun jour de congé.

On compte plus de 300 000 employés de maison étrangers à Hong Kong ; environ la moitié de ces personnes sont originaires d'Indonésie, et il s'agit dans une immense majorité de femmes. Attirées par la promesse d'emplois bien rémunérés, ces femmes se retrouvent confrontées à une toute autre réalité : arriérés de salaires, longues heures de travail sans jour de repos, restrictions à la liberté de mouvement, confiscation des papiers d'identité, violences physiques et sexuelles et privations alimentaires.

Dizaines de milliers d'Indonésiennnes victimes de traite

En novembre 2013, Amnesty International a publié un rapport accablant sur les mauvais traitements infligés aux travailleurs domestiques migrants à Hong Kong. Intitulé Exploited for Profit, Failed by Governments, ce rapport mettait en évidence la traite dont étaient victimes des dizaines de milliers de femmes indonésiennes aux fins d'exploitation et de travail forcé.

Une législation problématique

Le droit national dispose que les employés de maison étrangers doivent trouver un nouvel emploi et obtenir un visa de travail dans les deux semaines suivant la fin de leur contrat, faute de quoi ils doivent quitter Hong Kong.

Cela incite les travailleurs à rester dans des situations abusives, car ils savent que s'ils quittent leur emploi il est peu probable qu'ils arrivent à retrouver du travail en deux semaines, et qu'ils devront donc quitter le pays. Pour beaucoup, cela se solderait par l'impossibilité de rembourser les frais élevés de recrutement ou de soutenir leur famille sur le plan financier.