Indonésie Djakarta exécute six personnes malgré les protestations internationales

19 janvier 2015
Malgré les appels à la clémence, Djakarta a procédé, peu après minuit dans la nuit de samedi à dimanche, à la mise à mort de six personnes, parmi lesquelles figuraient deux femmes. Elles ont été fusillées par un peloton d'exécution. Il s'agit de la première application de la peine capitale dans le pays depuis l'arrivée au pouvoir, fin octobre, du nouveau président Joko Widodo.

 

«La peine capitale est une violation des droits humains et il est choquant que les autorités indonésiennes ont osé ôter la vie à six personnes le 18 janvier, a déclaré Rupert Abbott, directeur des recherches sur l'Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International. Le nouveau gouvernement indonésien est arrivé au pouvoir en promettant notamment un meilleur respect des droits humains, mais procéder à ces exécutions est une régression. Au lieu d'exécuter de nouvelles personnes, le gouvernement devrait immédiatement établir un moratoire sur le recours à la peine capitale en vue de son abolition.»

Les six personnes exécutées dimanche ont été déclarées coupables d'infractions en relation avec les stupéfiants et condamnées à mort. Il s'agit d'une Indonésienne, Rani Andriani, aussi connue sous le nom de Melisa Aprilia, et de cinq étrangers: Daniel Enemuo (nigérian), Ang Kim Soei (néerlandais), Tran Thi Bich Hanh (viêtnamienne), Namaona Denis (nigérian) et Marco Archer Cardoso Moreira (brésilien). En réaction, quelques heures après l'annonce de l'exécution, le Brésil et les Pays-Bas ont rappelé leurs ambassadeurs dans l'archipel.

Intransigeance d’Etat

Si l'Indonésie n'a procédé à aucune exécution en 2014, le gouvernement a annoncé en avoir programmé 20 en 2015. En décembre 2014, il a par ailleurs été signalé que le président Joko Widodo n'accorderait pas de grâce à au moins 64 personnes condamnées à mort pour des infractions en relation avec les stupéfiants, et que les autorités prévoyaient de les exécuter.

Les infractions relatives aux stupéfiants ne font pas partie des «crimes les plus graves» pour lesquels la peine capitale peut être imposée aux termes du droit international.

«Si le gouvernement procède effectivement à l'exécution de 20 personnes cette année, cela représentera une énorme régression. Lutter contre l'augmentation du taux de criminalité est un objectif légitime pour le gouvernement du président Widodo, mais la peine de mort n'est pas la réponse et n'a pas d'effet dissuasif sur la délinquance», a déclaré Rupert Abbott.

«L'annonce relative à une nouvelle série d'exécutions survient à une période où le gouvernement cherche activement à protéger les ressortissants indonésiens condamnés à mort à l'étranger. Si la peine capitale est une mauvaise idée ailleurs, alors elle l'est sans aucun doute aussi en Indonésie.»

Amnesty International s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, quelles que soient la nature du crime commis, la personnalité de son auteur ou la méthode d’exécution utilisée par l’État. La peine de mort viole le droit à la vie tel que reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’Homme et constitue le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit. La protection du droit à la vie est par ailleurs reconnue par la Constitution indonésienne. À ce jour, 140 pays ont aboli la peine capitale en droit ou en pratique.