Filep Karma avait été maintenu en détention pendant plus d’une décennie pour avoir simplement hissé le drapeau du mouvement indépendantiste lors d’une cérémonie politique en 2004. © Amnesty International
Filep Karma avait été maintenu en détention pendant plus d’une décennie pour avoir simplement hissé le drapeau du mouvement indépendantiste lors d’une cérémonie politique en 2004. © Amnesty International

Indonésie Filep Karma, militant indépendantiste papou enfin libéré

19 novembre 2015
Filep Karma, militant indépendantiste papou, a retrouvé la liberté jeudi 19 novembre 2015 après avoir été injustement maintenu en détention pendant plus d’une décennie pour avoir simplement hissé le drapeau du mouvement indépendantiste lors d’une cérémonie politique en 2004, a déclaré Amnesty International.

«Filep Karma a passé plus de dix années de sa vie en prison, alors qu’il n’aurait même pas dû être détenu une journée. Cette affaire a été une véritable parodie de justice, et il n’aurait jamais dû être poursuivi », a déclaré Josef Benedict, directeur de l’action sur l’Asie du Sud-Est à Amnesty International.

«Les Indonésiens doivent avoir le droit de s’exprimer et de se réunir librement, mais Filep Karma a été privé de ces droits.»

65 000 messages de soutien

Amnesty International considérait depuis longtemps que Filep Karma était un prisonnier d’opinion, et s’est mobilisée pour obtenir sa libération. En 2011, des sympathisants de l’organisation dans plus de 80 pays lui ont envoyé plus de 65 000 messages de soutien dans le cadre du Marathon annuel des lettres, et ont demandé sa libération inconditionnelle.

Filep Karma a systématiquement refusé d’accepter la peine plus légère proposée par le gouvernement, déclarant qu’il n’accepterait qu’une libération inconditionnelle et n’aurait pour commencer jamais dû être emprisonné.

Arrestation arbitraire

L'organisation pense qu'il a fait l’objet d’une arrestation arbitraire pour avoir exercé de manière non violente son droit à la liberté d'expression et de réunion, en hissant un drapeau et en participant à un événement politique.

«Nous espérons qu’il s’agira d’une première étape vers la libération de l’ensemble des prisonniers d'opinion incarcérés pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions politiques en Papouasie et ailleurs en Indonésie», a déclaré Josef Benedict.

Amnesty International espère que la libération de Filep Karma est le signe d’une rupture avec les tactiques répressives fréquemment utilisées par les autorités pour réduire au silence l’opposition pacifique en Papouasie. Outre le fait de libérer tous les prisonniers d'opinion, les autorités indonésiennes doivent introduire des mécanismes visant à lutter contre la culture de l’impunité en Papouasie et à traiter les cas passés et actuels de violations des droits humains commises par les forces de sécurité.

Cérémonie pacifique

Filep Karma était l’une des quelque 200 personnes ayant pris part à une cérémonie pacifique à Abepura, dans la province de Papouasie, le 1er décembre 2004. Pour commémorer la déclaration d’indépendance de la Papouasie de 1962, le drapeau interdit de l’« Étoile du matin », emblème de l’indépendance papoue, a été hissé. Des policiers ont alors avancé sur la foule, frappant des gens à coups de matraque. Filep Karma a par la suite été appréhendé et accusé de «rébellion» en vertu des articles 106 et 110 du Code pénal indonésien. Il a été déclaré coupable le 26 mai 2015 et condamné à 15 ans d’emprisonnement.

Pendant sa visite dans les provinces de Papouasie et de Papouasie occidentale en mai, le président Joko Widodo a pris des mesures qui semblaient annoncer une rupture avec les politiques répressives des gouvernements précédents. Celles-ci ont inclus la libération de cinq militants politiques, qui avaient été emprisonnés à l’issue de procès iniques s’appuyant sur des «aveux» forcés arrachés sous la torture ou d’autres formes de mauvais traitements, et un engagement à gracier ou amnistier les autres prisonniers politiques incarcérés à travers le pays.

Il a également annoncé que les autorités levaient les restrictions concernant les journalistes étrangers, leur permettant d’accéder à la Papouasie, de se déplacer librement et de rendre compte de ce qui se passe dans la région.