Myanmar Le gouvernement force les survivant·e·s à quitter les abris d'urgence

5 juin 2008
Le gouvernement du Myanmar accélère ses efforts pour obliger les survivant·e·s du cyclone Nargis à quitter les abris d’urgence et les empêche de recevoir l’aide qui leur est destinée, selon de nouvelles recherches rendues publiques par Amnesty International ce jeudi 5 juin. Ces actions exposent des dizaines de milliers de survivant·e·s très vulnérables à des risques accrûs de mort, de maladie et de famine.

Myanmar, 9 Mai 2008: des habitant·e·s de Bogalay attendent qu'un héliocptère chargé d'aide atterrisse. © AP/PA Photo

Amnesty International a confirmé l’exactitude de plus de trente cas et récits de personnes contraintes de quitter les abris d’urgence installés dans des monastères, des écoles et d’autres lieux. Au cours des deux semaines passées, la campagne de transfert s’est faite plus systématique et s’est généralisée. Les autorités ont renvoyé de force des personnes réfugiées à Maungmya, Maubin, Pyapon et Labutta vers le sud où se trouvaient leurs villages auparavant.

Des 45 camps de Pyapon, seuls trois existaient encore au 28 mai. Le 23 mai, les autorités de Yangon ont déplacé de force plus de 3000 survivant·e·s du cyclone du camp de Shwebaukan mis en place par les autorités à Myo Thit dans le district du Dagon Nord et d’un camp établi de façon spontanée dans le collège d’État n°2 de l’arrondissement de Dala.La plupart des survivant·e·s déplacé·e·s ne peuvent retourner là où ils ou elles habitaient auparavant, de nombreuses zones du delta de l’Irrawaddy ravagées par le cyclone étant toujours inhabitables.

«Étant donné le lourd bilan du SPDC en matière d’abus, les agences humanitaires doivent être particulièrement attentives à toute entrave ou tout blocage de leur aide», a déclaré Benjamin Zawacki, sur place depuis le mois de mai pour rassembler des informations sur les régions affectées.

Détournement de l'aide par les autorités locales

Parmi les abus répertoriés on note aussi la confiscation et le détournement de l’aide. Amnesty International a reçu plus de 40 récits ou témoignages relatant comment l’aide avait été confisquée par des fonctionnaires, détournée ou gardée au lieu d’être distribuée aux survivants du cyclone.

En dépit des prises de position de hauts responsables du SPDC contre de tels agissements, les responsables locaux peuvent agir en toute impunité. Amnesty  International a par exemple entendu les récits de témoins oculaires qui ont raconté comment, le 26 mai, sur le pont Pan Hlaing dans le quartier Hlaing Tharyar de Yangon, le capitaine de police U Luu Win avait arrêté 48 camions transportant de l’aide de donateurs privés. La police n’avait toujours pas laissé partir les camions le 1er juin.