Environ 3000 personnes ont été tuées par la police et des vigiles inconnus aux Philippines depuis que le président Duterte a accédé au pouvoir le 30 juin 2016. © NOEL CELIS/AFP/Getty Images
Environ 3000 personnes ont été tuées par la police et des vigiles inconnus aux Philippines depuis que le président Duterte a accédé au pouvoir le 30 juin 2016. © NOEL CELIS/AFP/Getty Images

Philippines Les 100 jours de carnage du président Rodrigo Duterte

7 octobre 2016
Aux Philippines, 100 jours après l'arrivée au pouvoir du président Rodrigo Duterte, une vague d'homicides illégaux a déjà coûté la vie à plus de 3 000 personnes, brisant les espoirs d'amélioration de la situation des droits humains dans le pays.

«Les 100 premiers jours de la présidence de Rodrigo Duterte ont été marqués par des violences cautionnées par l'État d'une ampleur choquante. Sa répression brutale contre les personnes soupçonnées d'être impliquées dans des crimes liés aux stupéfiants s'est traduite par un carnage dans les rues et par la suppression de droits humains majeurs, notamment les droits à la vie et à une procédure régulière, a déclaré Rafendi Djamin, directeur pour l'Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International.

«Depuis qu'il a été élu, le président Rodrigo Duterte a installé un climat où chacun peut tuer, ou être tué, au nom de la "guerre contre la drogue". Ce massacre doit cesser immédiatement et les responsables présumés, à tous les niveaux de commandement, doivent être déférés à la justice.»

Meutres de toxicomanes encouragés

Le président Rodrigo Duterte a promis de tuer des dizaines de milliers – et même une fois des millions – de personnes impliquées dans le trafic de stupéfiants. Il a encouragé le meurtre des toxicomanes eux-mêmes, et offert d'importantes récompenses à ceux qui permettent de retrouver des barons de la drogue – morts ou vifs. L'effusion de sang qui s'en est suivie a touché des criminels présumés, ainsi que des passants, notamment une fillette de cinq ans abattue par deux hommes à moto et beaucoup d'autres personnes tuées dans le cadre d'«erreurs d'identité». Nombre des homicides ont été perpétrés par des assaillants non identifiés et des informations crédibles pointent du doigt la complicité de la police dans ces agissements.

Amnesty International demande que l'enquête du Sénat sur les homicides extrajudiciaires, suspendue le 3 octobre, soit reconduite et que des investigations indépendantes, impartiales et transparentes, sans aucune ingérence de la police, soient menées sur tous les homicides recensés depuis le 30 juin 2016.

Tuer en toute impunité

Amnesty International a averti à plusieurs reprises que les déclarations du président Rodrigo Duterte donnent carte blanche à la police, aux groupes d'autodéfense et à la population en général, pour tuer en toute impunité. Il a établi et rendu publiques des «listes noires» – listes de personnes soupçonnées d'être liées à l'usage ou au trafic de stupéfiants – et a laissé entendre que le meurtre par des policiers ou des acteurs civils ne sera pas sanctionné.

Ces listes désignent notamment des représentants de l'État, dont des juges, des membres du Congrès, des policiers et des militaires, qui seraient impliqués dans le trafic de stupéfiants, souvent sans preuve. Amnesty International est vivement préoccupée par le fait que toutes les personnes mentionnées sur ces listes sont en danger de mort immédiat.

«Les autorités philippines sont tenues de protéger les citoyens, et non de les exposer comme des cibles. Selon des informations récentes et très inquiétantes, des équipes spéciales de la police procèdent à l'exécution extrajudiciaire des personnes soupçonnées de consommer ou de vendre des stupéfiants. La justice ne pourra être rendue par des escadrons de la mort, a déclaré Rafendi Djamin.

«Nous demandons aux autorités des Philippines de sortir du chaos en mettant fin à tous les homicides illégaux et à toutes les incitations à la violence et à la haine. Si le président Rodrigo Duterte est déterminé à lutter contre la criminalité, il doit s'attaquer à ses causes profondes, comme la pauvreté et le chômage endémiques.»

Complément d’information

Le chef de la police philippine Ronald dela Rosa a déclaré aux sénateurs qu'au 20 septembre, plus de 1 500 personnes avaient été tuées lors d'opérations policières contre les drogues illégales, alors que plus de 2 000 meurtres imputables à des assaillants non identifiés sont en cours d'investigation. On estime que le nombre total d'homicides est désormais bien supérieur à 3 500 – soit au moins 33 par jour depuis l'arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte.

Le président Rodrigo Duterte a déclaré que les Philippines sont en passe de devenir un «narco-État» pour justifier la «guerre contre la drogue». Peu d'éléments viennent étayer cette affirmation. Selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDD), les Philippines ont un nombre de consommateurs de drogue relativement bas comparé à la moyenne mondiale. Par ailleurs, l'ONUDD estime que les opérations de lutte contre les narcotiques fondées sur le recours à la force augmentent les risques et les dommages associés à la consommation de drogue, ainsi que les niveaux de violence et les violations des droits humains, sans faire baisser le taux de consommation de stupéfiants.