Sri Lanka Agressions avant les élections

22 janvier 2010
Amnesty International demande aux dirigeants politiques sri-lankais d’enquêter sur les agressions qui visent des militants politiques à l’approche de l’une des élections présidentielles les plus violentes des 20 dernières années.

D’après le Centre de surveillance de la violence électorale, plus de 600 actes violents auraient été signalés au 21 janvier 2010, dont cinq meurtres et cinq tentatives de meurtre de militants politiques. La police enquête sur une attaque à la grenade contre la maison de Tiran Alles, éminent opposant du parti au pouvoir qui reçoit des menaces de mort depuis plusieurs mois.

«Ces attaques mettent en lumière la fréquence des violences politiques au Sri Lanka, même après la défaite militaires des Tigres tamouls» a déclaré Madhu Malhotra, directrice adjointe du programme Asie-Pacifique d'Amnesty International.

«Les violences commises par les groupes paramilitaires et les malfrats à la solde de politiciens compromettent les perspectives d’une élection libre et équitable.»

Plusieurs employés d’ONG ont expliqué à Amnesty International qu’ils avaient peur des violences et de l’intimidation à l’approche du scrutin du 26 janvier 2010. Les transferts d’armes d’origine militaire (provenant notamment de déserteurs de l’armée) ont contribué à une augmentation de la criminalité violente, en particulier des attaques à la grenade contre les opposants politiques.

Perpétrées dans de nombreuses régions du pays, ces attaques ont visé des sympathisants de divers partis d’opposition. Selon le Centre de surveillance de la violence électorale, les partisans de l’Alliance pour la liberté du peuple uni, au pouvoir, ont été victimes de 354 agressions, soit le plus grand nombre d’actes de violence.

Dans l’est du Sri Lanka, région qui reçoit souvent une attention médiatique moindre, les Tigres de libération du peuple tamoul (TMVP, Tamil Makkal Viduthalai Puligal) ont été accusés par les militants et les observateurs locaux de fraude électorale, d’intimidation et de violence dans les districts d'Ampara et de Batticaloa.

Le TMVP, parti politique tamoul composé d'ex-rebelles, est désormais engagé en politique et prend part aux élections. Il s’est divisé en deux factions dont les dirigeants sont accusés de graves violations des droits humains et des lois de la guerre. Il s’agit de Vinayagamoorthy Muralitharan (alias Karuna Amman), membre du Parlement de la province de l’Est, et de Sivanesathurai Chandrakanthan (alias Pillayan), Premier ministre de la province de l’Est.

«Le gouvernement a ignoré les atrocités dont sont accusés ces deux hommes et les a faits entrer sur la scène politique classique. Aujourd’hui, il semble incapable de leur demander des comptes» a expliqué Madhu Malhotra.

«La réticence et l’incapacité à enquêter et à poursuivre les auteurs présumés de violences donne carte blanche aux groupes armés et aux malfrats pour mener de nouvelles attaques.»

Les paramilitaires ne sont pas les seuls à commettre des atteintes aux droits humains. Le rôle des groupes armés qui opèrent avec la complicité des candidats politiques est de plus en plus préoccupant. Amnesty International a par exemple reçu des informations selon lesquelles des organisateurs politiques liés à l’UNFP se sont rendus responsables de la plupart des violences préélectorales dans le district d’Ampara, dans la province de l’Est.