Arménie Violences lors des élections présidentielles

6 mars 2013
Des violations des droits humains pourraient avoir eu lieu lors des élections nationales de février 2013. Une enquête est nécessaire pour faire la lumière sur des allégations de harcèlement, d’intimidations et de menaces.

 

Les rapports des observateurs internationaux et intergouvernementaux concernant l'élection et la campagne électorale qui l'a précédée ont été globalement positifs. Cela ne doit toutefois pas dispenser le gouvernement de prendre en compte les allégations de violations des droits humains survenues au cours de cette période. Amnesty International a reçu des informations faisant état d'actes de harcèlement, y compris des allégations d'intimidation et de violences contre les électeurs et les observateurs. L'organisation est préoccupée par le fait que les autorités arméniennes semblent avoir parfois négligé de fournir une protection adéquate ou d'enquêter rapidement sur ces agissements.

Narine Esmaeili, une observatrice internationale non gouvernementale, a été agressée physiquement et menacée par des responsables du bureau de vote alors qu'elle protestait contre un vice présumé de procédure électorale. Narine Esmaeili a indiqué qu'elle avait vu un groupe de 25 à 30 hommes pénétrer dans le bureau et se placer autour de l'urne. L'agent de police qui gardait le bureau a ignoré son observation selon laquelle pas plus de 15 personnes ne pouvaient entrer dans le bureau de vote, car il s'agissait d'une infraction au règlement électoral. Alors qu'elle tentait de s'insurger, l'un des hommes du groupe l'a poussée contre un mur et lui a maintenu les mains, tandis qu'un agent du bureau de vote coupait les scellés de l'urne afin qu'un autre homme du groupe puisse y déverser un sac rempli de bulletins de vote. Au lieu d'enregistrer l'incident et d'enquêter sur ses allégations en arrivant sur les lieux, les agents de police locaux qu'elle avait appelés lui ont ordonné  de ne pas parler aux médias.

Plusieurs journalistes ont également déclaré avoir été menacés et empêchés d'exercer leur métier le jour de l'élection. Des reporters ont signalé qu'on avait menacé de les «égorger» s'ils tentaient de filmer les irrégularités commises au bureau de vote de Gyumri. Ils avaient remarqué un véhicule stationné à l'extérieur du bureau de vote 35-22 de cette ville. Dans la voiture, un individu non identifié les aurait apostrophés en ces termes : «Nous filmez pas ! Pourquoi vous nous filmez? Qu'est-ce que vous foutez là? J'vais vous égorger!» L'un des journalistes a affirmé qu'un des occupants du véhicule les avait suivis alors qu'ils se déplaçaient aux abords du bureau de vote pendant une heure et demie environ.

Selon certaines informations, les électeurs de certains villages ont été contraints, avant de déposer leur bulletin dans l'urne, de montrer ce dernier afin de prouver qu'ils avaient voté pour le président sortant. Amnesty International n'a pas été en mesure de vérifier ces allégations ni d'évaluer le pourcentage d'électeurs qui, dans ces localités, ont été forcés de voter contre leur volonté. Toutefois, de nombreuses ONG locales affirment que les pressions et menaces de ce type ont été très fréquentes. Le chef du village de Yeghiapatrus aurait menacé ses habitants de les priver de toute prestation sociale s'ils ne votaient pas pour Serge Sarkissian. À Pokr Mantash, le chef de la localité et ses frères n'auraient même pas laissé les habitants déposer leur bulletin dans l'urne et auraient voté à leur place.

Les autorités arméniennes doivent veiller à ce que les journalistes soient en mesure de travailler sans crainte d'être menacés ou harcelés. Par ailleurs, les citoyens doivent pouvoir exercer leurs libertés politiques sans subir de violations des droits humains. Amnesty International appelle les autorités arméniennes à mener dans les meilleurs délais une enquête approfondie et impartiale sur les allégations de violations commises pendant l'élection et à obliger les responsables présumés à rendre des comptes. Les autorités doivent également garantir la sécurité des participants lors des manifestations et des rassemblements publics post-électoraux.